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50 défis

Comprendre la mémoire qui vieillit

[Défi 16] Entre 40 et 60 ans, notre mémoire subit d’importants changements. Mais ce n’est pas toujours un signe de maladie.

15/10/2012
Natasha Rajah
Imagerie cérébrale, directrice du Centre d’imagerie cérébrale de l’Institut Douglas

Natasha Rajah

Plus oublieux mais plus heureux

La mémoire décline beaucoup plus tôt qu’on le croyait. Mais ce n’est peut-être pas si grave. Nous devenons aussi plus heureux avec l’âge.
Par Ariane Aubin

Ils sont mentors auprès de jeunes professionnels; ils gèrent des empires ou montent sur les planches à 80 ans révolus. L’esprit affûté et créatif, ils capitalisent sur leurs expériences passées pour s’adapter à différents contextes et faire face à de nouveaux défis. Quel est donc le secret de ces chanceux dont le cerveau reste jeune?

Pour Natasha Rajah, directrice du Centre d’imagerie cérébrale de l’Institut Douglas, la réponse est à la fois évidente et complexe. L’évidence, d’abord: pour bien vieillir, il faut jouir d’une mémoire efficace qui parvient à retrouver dans le dédale des souvenirs les informations pertinentes au moment où nous en avons besoin. Le jeu se complique quand il est question d’expliquer pourquoi la mécanique s’enraie chez certains, alors que d’autres parviennent à maintenir leurs capacités cognitives au même niveau de fonctionnement que dans leurs jeunes années.

C’est sur ce point que se concentre Natasha Rajah. Grâce à l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle, la cher­­­cheuse a fait une observation étonnan­te: la façon dont le cerveau enregistre puis récupère les informations stockées en mémoire se transforme radicalement avec l’âge. Et ce, même lors du vieillissement dit normal, sans démence ni maladie dégénérative. «Chez les jeunes adultes, des zones très distinctes du cerveau s’activent quand on fait appel à un souvenir, résume-t-elle. Les adultes âgés montrent une activation beaucoup plus diffuse.»

C’est qu’à mesure que le cerveau vieillit, de nouveaux chemins se forment pour permettre la récupération des informations mémorisées, malgré la perte de neurones et de leurs connexions. Cette compensation est efficace mais imparfaite: elle fonctionne très bien pour compenser les pertes fonctionnelles lors de tâches simples, comme mémoriser un numéro de téléphone ou un nouveau visage, mais elle ne suffit tout simplement pas lorsque le cerveau est confronté à des épreuves plus difficiles.

Dans quel café ai-je rencontré cette personne? Quel temps faisait-il le jour de mes noces? Ces détails moins importants, contextuels, sont alors sacrifiés pour permettre au cerveau de se concentrer sur les faits les plus cruciaux pour l’individu: le nom de ses petits-enfants, la date d’aujourd’hui, son adresse.

Reste à définir quand et comment surviennent ces phénomènes de compensation et, surtout, pourquoi ils sont si variables d’une personne à l’autre. Pour Natasha Rajah, la clé de la réussite des «superaînés» pourrait bien se trouver à l’âge moyen, entre 40 et 60 ans. Pendant cette période mal connue, on observe déjà d’importants changements dans le fonctionnement de la mémoire et des sens – vue et ouïe surtout – qui pourraient avoir des conséquences sur la façon dont on enregistre de nouvelles informations.

Beaucoup plus précoces que l’on pouvait le croire autrefois, ces pertes n’inquiètent toutefois pas la chercheuse, convaincue qu’il y a surtout du bon à vieillir. «Je ne cherche pas la fontaine de Jouvence: des études le prouvent, nous devenons souvent plus heureux en vieillissant. Mais si je pouvais contribuer à minimiser certaines souffran­ces associées à la maladie, alors j’aurais fait mon travail!»


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