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50 défis

Rendre nos maisons intelligentes

[Défi 17] Plus de 175 000 personnes âgées logent dans des centres d’hébergement de longue durée ou dans des résidences supervisées. La plupart souffrent de déficits cognitifs.

13/11/2012
Bruno Bouchard
Domotique, directeur du Laboratoire d’intelli­gence ambiante pour la reconnaissance d’activités (LIARA) à l’Université du Québec à Chicoutimi

Bruno Bouchard

De l’intelligence mur à mur

Une équipe de chercheurs du Saguenay pousse l’informatique très loin pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées. L’ordinateur,  coloca­taire de demain?
Par Raymond Lemieux

«Casser maison.» L’expression fait mal. C’est souvent la dernière chose que les vieux parents souhaitent. Mais à mesure qu’ils avancent en âge, et quand en plus la maladie s’en mêle, les tâches domestiques pèsent bien lourd. «Dans 20 ans, au Québec, ce sont des centaines de milliers de personnes qui auront besoin d’une assistance à domicile», rappelle Bruno Bouchard, directeur du Laboratoire d’intelli­gence ambiante pour la reconnaissance d’activités (LIARA) à l’Université du Québec à Chicoutimi.

Et si l’informatique devenait leur sou­tien? Des «bébelles» électroniques, on en a tous déjà dans la maison: des portes de garage, des stores ou des téléviseurs actionnés par une télécommande. «Ça, c’est la base de la domotique, dit Bruno Bouchard. Mais il nous fallait aller plus loin pour concevoir une maison vraiment intelligente.»

Avec ses collègues du Laboratoire, la neuropsychologue Julie Bouchard et son ancien professeur informaticien Abdenour Bouzouane, il a conçu le prototype d’un appartement hyperbranché, qui a été aménagé dans le pavillon central de l’université. «Il est truffé de capteurs. Il y en a dans les plaques du plafond, dans les tapis, sur les murs; tout ça est relié à un ordinateur central qui peut veiller sur la personne en perte d’autonomie», explique le chercheur.

maison-cerveauCes derniers mois, des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer à un stade précoce ont été invitées à expérimenter l’appartement-laboratoire. «On leur demandait de faire griller des toasts, de préparer un café ou d’emballer un objet.» Tous ces appareils sont reliés à des capteurs connectés à un ordinateur central qui, grâce à des algorithmes programmés, peut définir le profil comportemental de la personne, signaler un problème et aider le résidant dans son activité. Ainsi, si un geste paraît anormal – on oublie d’ôter la casserole du feu ou de retirer les rôties du grille-pain –, le système peut envoyer un message pour alerter la personne afin qu’elle corrige le problème.

«Technologiquement, on a tout pour concevoir cette maison intelli­gente, et nous sommes en train d’établir des collaborations afin de passer à une autre étape: adapter les maisons et les appartements pour favoriser le maintien à domicile.» Ainsi, les chercheurs du LIARA affinent leur système afin qu’il puisse aussi être installé dans un logement où intervient un proche aidant – comme on dit dans les milieux de la santé et des services sociaux – ou encore dans des unités de centres d’hébergement. Une façon de diminuer le fardeau – et l’anxiété – de ceux et celles qui entourent les malades. Inutile, par exemple, de s’in­quiéter pour sa mère ou son père resté à l’intérieur de la maison pendant que l’on tond le gazon: le système nous avertira en cas de pépin.

Bruno Bouchard convient que certaines personnes âgées peuvent se montrer rétives face à la technologie. «Ces outils sont là pour les aider. Et si on leur explique que, grâce à cela, elles peuvent rester chez elles au lieu de partir en maison de retraite, je suis persuadé qu’elles vont y trouver de sérieux avantages.»

Même malades, la plupart des gens préfèrent rester chez eux, avec leurs vieilles photos accrochées au mur, leurs bibelots sur les étagères et leurs meubles qui ont abrité leurs plus anciens secrets. «C’est très fort, l’attachement à son home», rappelle-t-il. Avec la maison intelligente, ose le chercheur, on peut rêver d’un «home smart home».


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