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50 défis

Protéger sa vie privée à l'ère numérique

[Défi 21] Plus de 4 millions de Québécois ont un compte Facebook. Mesure-t-on bien les risques de ce grand déballage numérique?

28/11/2012
Normand Landry
Professeur de communication à la télé-université du Québec (TÉLUQ)

Mourad Debbabi
Directeur de la Chaire de recherche en sécurité des systèmes d’information de l'Université Concordia

Notre vie privée est-elle soluble dans Facebook?

Avec des outils et des balises éthiques, il sera possible de continuer de bénéficier des avantages des réseaux sans craindre de se perdre soi-même dans le nuage virtuel.
Par Binh An Vu Van


Mourad Debbabi
Mourad DebbabiProtéger sa vie privée, c’est out! C’est ce qu’affirme, en substan­ce, Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook. Selon lui,  l’internaute serait devenu plus ouvert, moins secret et moins chatouilleux sur les informations personnelles qu’il rend publiques. Certes, cette nouvelle tendance sert bien le grand gourou des médias sociaux qui peut ainsi justifier sa décision de modifier les paramètres de con­fiden­tialité par défaut des quel­que 350 millions d’utilisateurs de Facebook, rendant ces tonnes de données indexables par des moteurs de recherche.

«On assiste à une redéfinition de la notion de vie privée. Des activités ou événements autrefois personnels – nos loisirs, la naissance de nos enfants, nos déplacements – sont délibérément exposés sur Internet. En échange de quel­ques bribes de notre vie privée, nous recevons une immense gratification et valorisation de la part du milieu social sans vraiment saisir les risques que nous courons à long terme», observe Normand Landry, professeur de communication à la télé-université du Québec (TÉLUQ).

Comment se traduisent, à l’ère d’Internet, le droit à la vie privée et la liberté d’expression? Quand ces droits sont-ils menacés et par qui? C’est à ce genre de questions éthiques que s’intéresse ce sociologue des nouvelles technologies de communication: «Je tente de comprendre les enjeux contemporains en communication en me référant aux normes universelles des droits humains pour éventuellement permettre aux juristes d’établir un cadre législatif plus juste.»

La loi fédérale C-30, par exemple, qui a causé beaucoup de remous en début d’année, obligera tout fournisseur de services Internet à transmettre aux enquêteurs et policiers qui leur demandent les informations personnelles d’un client (nom, adresse, courriel, etc.), et ce, sans mandat d’un juge. «Le citoyen qui fait l’objet d’une telle requête n’a pas le contrôle sur les informations acquises sur lui, dit le chercheur. La loi C-30 évacue les principes de prudence qui ont toujours prévalu dans la collecte d’information confidentielle.»

Le flou entourant les notions de vie privée à l’ère numérique profite aussi aux sociétés commerciales qui sont en mesure de brosser des profils extrêmement détaillés de leurs clients. «L’utilisateur n’a, là encore, aucun contrôle sur ces données et les contrats de licence sont incompréhensibles», s’inquiète le chercheur. Ainsi, chaque fois que nous nous inscrivons sur des réseaux sociaux ou des sites d’achat en ligne comme Amazon ou PayPal, par exemple, nous communiquons de précieux renseignements et nous savons bien peu de choses sur la manière dont ils seront utilisés.

Comment, alors, se protéger? Dans son laboratoire de l’Université Concordia, Mourad Debbabi, qui dirige la Chaire de recherche en sécurité des systèmes d’information, planche sur des remèdes technologiques pour sécuriser nos données. Il développe ainsi des méthodes de chiffrement. L’idée? Continuer à stocker les informations sur les serveurs des fournisseurs de service, comme nous le faisons en ce moment, mais les encoder de manière à les rendre illisibles sans une clé de lecture détenue uniquement par l’utilisateur. «Le fournisseur de service ne pourrait déchiffrer ces informations qu’avec l’autorisation de l’utilisateur qui pourrait ainsi contrôler l’accès à ses données», explique M. Debbabi.

Avec de tels outils et des balises éthiques, Normand Landry croit qu’il est possible de continuer de bénéficier des avantages du réseau, sans craindre la dilution de notre intimité dans le nuage virtuel: «Il faut définir les normes qui nous servent à protéger la vie privée et s’entendre sur les pratiques qui sont productives ou agréables, et sur celles qui sont néfastes et dangereuses.»


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