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50 défis

Redéfinir son travail dans une entreprise dématérialisée

[Défi 24] D’ici 2030, il manquera 363 000 travailleurs au Québec. Pour attirer et retenir les talents, les entreprises n’auront d’autre choix que d’innover, notamment au chapitre des horaires et des lieux de travail.

22/10/2012
Emmanuelle Vaast
Systèmes d’information, faculté de gestion Desautels de l’Université McGill

Emmanuelle Vaast

Travailleurs 2.0

Flexibilité, autonomie, mais aussi disponibilité et rentabilité sont les maîtres mots du bureau 2.0.
Par Martine Turenne

Le bureau de la chercheuse Emmanuelle Vaast, au cinquième étage de la faculté de gestion Desautels de l’Université McGill, est… vide. Les étagères sont dégarnies. Pas de photos de ses jumeaux sur les murs; aucune trace non plus de leurs derniers gribouillages. Si vide que ses visiteurs croient généralement qu’elle vient tout juste de débarquer de l’Université de Long Island, où elle a mené son postdoctorat. Mais la pro­fesseure en système d’information a transporté ses pénates à Montréal il y a plus d’un an. «Je vis sans papier, dit-elle. Je travaille chez moi ou ici, à McGill.» Un peu partout, en fait.

Cette Parisienne, diplômée de l’École normale supérieure et de l’École polytechnique de Paris, ne pourrait mieux incarner son objet d’étude. Ses recherches portent en effet sur les nouvelles technologies de l’information et les manières dont elles transforment notre rapport au travail.

À commencer par le lieu. Le boulot 2.0 est un monde où les empreintes géospatiales sont diffuses et la mobilité, totale. «Tout le monde ou presque peut désormais travailler sans bureau fixe», dit Mme Vaast. Les méthodes de gestion s’en trouvent bouleversées. Flexibilité et autonomie sont les nouveaux credo. Le rendement selon la tâche a remplacé le nombre d’heures travaillées.

Il ne faudrait cependant pas croire que cette dématérialisation du boulot est forcément à l’avantage de l’employé, note la chercheuse. Oui, ce dernier bénéficie d’une plus grande flexibilité et peut mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle. «Mais il travaille plus. Cela devient plus difficile de décrocher, et les attentes des employeurs sont plus élevées.»

Quant au sentiment d’appartenance à la compagnie, il en prend pour son rhume. D’autant que les carrières sont de plus en plus précaires et changeantes. «Il est important d’avoir un lieu de travail pour développer des relations interpersonnelles, croit-elle. Mais il y a d’autres lieux publics – comme les cafés ou les bibliothèques – où les gens interagissent entre eux. Ce dont les humains ont encore et toujours besoin.»

Emmanuelle Vaast a commencé son doctorat sur les impacts de l’intranet dans les entreprises en 2003. Ça ne fait pas 10 ans, et c’est comme si un siècle s’était écoulé depuis. Les médias sociaux ont précipité les bouleversements. Et les organisations ont vu déferler le tsunami sans se douter qu’il allait transformer le paysage de manière permanente. Les entreprises essaient de capitaliser sur les médias sociaux, de les canaliser aussi. «Ce n’est pas simple, dit Emmanuelle Vaast. Il y a beaucoup de tâtonnements.»

Certaines tentent de surfer sur la vague; d’autres, de restreindre leur utilisation au moyen de codes d’éthique et de conduite. Emmanuelle Vaast a étudié une centaine de ces nouveaux règlements. La plupart, trop contraignants, sont des coups d’épée dans l’eau. «Ils ne fonctionnent pas. Les médias sociaux offrent une liberté d’expression sans précédent et on ne peut plus revenir en arrière. Ils seront utilisés pour le meilleur… et pour le pire.»

Ces bouleversements vont s’accélérer à la vitesse grand V à mesure que la génération du millénaire (les 20-30 ans) se taillera une place sur le marché du travail.

Emmanuelle Vaast a beau être dans la trentaine, elle voit déjà que le fossé se creuse avec les plus jeunes, ses propres étudiants: «Ils ont grandi avec Facebook, YouTube et Twitter.» Et, contrairement à un discours parfois très négatif, elle estime que ces jeunes font une utilisation très sophistiquée des médias sociaux: «Ils s’y construisent une image professionnelle et font preuve d’une grande connaissance de ces outils. Oui, ils y déballent leur vie. Mais ils savent très bien gérer tout ça.»

La professeure est fascinée par son objet de recherche: «C’est un monde en mouvance, où il n’y a aucune certitude.» Les médias sociaux ont tout balayé et on ne sait trop où ni comment la poussière va retomber. «Tout ce qu’on sait, c’est qu’ils laisseront une empreinte profonde et durable sur le monde du travail.»





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