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50 défis

Dépister précocement le cancer

[Défi 03] Le cancer est l’une des principales causes de mortalité dans le monde. Au Québec, il tue chaque année 20 000 personnes qui ont souvent été prises en charge tardivement.

16/11/2012
David Juncker
Chercheur en génie biomédical à la faculté de médecine de l’Université McGill

Jean-Philippe Brosseau
Chercheur en biologie moléculaire à l’Université de Sherbrooke

David Juncker
David Juncker © Philippe Jasmin

La marque du cancer

Si on le dépistait plus tôt, le cancer serait beaucoup plus facile à terrasser. Comment déceler le mal avant qu’il devienne incontrôlable?
Par Marine Corniou
 
C’est vrai pour toutes les maladies, et pour les cancers en premier lieu: plus le diagnostic est posé tôt, meilleures sont les chances de guérison. Or, les cellules qui deviennent cancéreuses sont le siège d’un véritable «chaos» moléculaire qui peut théoriquement être détecté dès qu’il apparaît. Dans une cellule tumorale, les gènes ne s’expriment pas normalement; les chromosomes se multiplient; les protéines sont déformées.

«Même les ARN, ces petites molécules messagères qui permettent de “traduire” les gènes en protéines, présentent un profil anormal», explique Jean-Philippe Brosseau, chercheur en biologie moléculaire à l’Université de Sherbrooke. En com­parant les variants d’ARN présents dans des cellules de cancer de l’ovaire à ceux des cellules ovariennes saines, le doctorant, qui travaille avec la Chaire de recherche du Canada en génomique et ARN catalytique, a détecté une dizaine d’ARN propres aux cellules can­­cé­reuses.

Jean-Philippe Brosseau
Jean-Philippe Brosseau
«C’est une sorte de signature du cancer ovarien que l’on pourrait repérer très tôt, dès les premiers stades», précise-t-il. De quoi gagner un temps précieux, quand on sait que les trois quarts de ces cancers sont diagnostiqués à un stade avancé. Le taux de survie 5 ans plus tard n’est alors que de 30% (contre 85% si le cancer est détecté au premier stade). L’équipe de Sherbrooke s’intéresse aussi de près au cancer du sein, le plus fréquent chez les femmes. En 2008, les chercheurs ont mis en évidence une série de 41 marqueurs ARN typiques dont on pourrait vérifier la présence dans des cellules prélevées par biopsie.

À terme, il sera peut-être même possible de dépister le mal grâce à une simple prise de sang. «Offrir des tests de dépistage fiables et rapides, réalisables chez le médecin ou au chevet du patient est l’un des défis les plus importants en médecine», affirme David Juncker, chercheur en génie biomédical à la faculté de médecine de l’Université McGill. Parce qu’il évacue les déchets de l’organisme, le sang contient des indices précieux sur notre état de santé.

Pour trouver les protéines caractéristiques d’une maladie dans le sang, il suffit de «pêcher» la protéine ciblée à l’aide d’un anticorps qui s’y fixe comme un aimant. Mais détecter une protéine parmi des milliers de substances, c’est un peu comme chercher une aiguille dans une botte de foin. «Nous tentons donc de repérer un ensemble de molécules, qui constitue une “signature” de la maladie», ajoute David Juncker. En d’autres termes, une empreinte unique et incontestable! Sauf que la «pêche» simul­tanée de plusieurs protéines n’est pas un sport facile.

«Les anticorps peuvent interagir entre eux, se lier les uns aux autres ou à d’autres molécules et fausser les résultats», explique ce spécialiste des nanotechnologies. Pour contourner ces obstacles, il a conçu un outil particulièrement ingénieux: une puce constituée de compartiments d’un dixième de millimètre et contenant chacun les anticorps nécessaires à la capture d’une seule et unique protéine. «Cette astuce très simple élimine les interférences entre les anticorps, précise-t-il. On peut détecter autant de marqueurs protéiques que souhaité.»

Il y a quelques mois, l’équipe a testé cette puce en analysant 32 protéines sanguines chez 11 femmes en santé et 17 souffrant d’un cancer du sein. Les chercheurs ont établi que, parmi ces 32 protéines, 6 pourraient suffire à poser un diagnostic. «Ces résultats sont très préliminaires, mais démontrent que la puce fonctionne.» Forte de ce succès, l’équipe travaille aujourd’hui sur un test de détection rapide des staphylocoques dorés dans le sang.


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