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50 défis

Gérer le territoire en fonction des citoyens

[Défi 31] Un Québécois sur 2 habite maintenant dans une ville comptant plus de 100 000 habitants. Pendant ce temps, la campagne se vide…

04/10/2012
Catherine Trudelle
Conflits socioterritoriaux et gouvernance locale, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits socioterritoriaux et la gouvernance locale à l’Université du Québec à Montréal

Rang 13
À Saint-Camille, en Estrie, la communauté s’est mobilisée pour redonner de l’essor au village qui se dépeuplait. En 2009, on inaugurait le projet domiciliaire du Rang 13. De 2006 à 2011, la population a fait un bond de 14,1%! © Sylvain Laroche


Retour à la terre

Jadis, on appelait ça l’exode rural. Aujourd’hui, on parle plutôt de «dévitalisation» des régions. Mais la réalité est la même: les régions se vident.
Par Jessica Nadeau

Depuis le siècle dernier, la population québécoise a plus que quadruplé. Et ce gonflement démo­graphique s’est fait au profit des villes. Le Québec frôle aujourd’hui les 8 millions d’habitants, dont plus de la moitié est établie dans une dizaine de villes comptant plus de 100 000 résidants. Si le phénomène ne date pas d’hier, il s’accélère au rythme de la «métropolisation» de l’économie.
«La mondialisation se double de ce que j’appelle la “métropolisation”: la création de régions urbaines de plus en plus peuplées. On assiste à une déstructuration territoriale», observe Catherine Trudelle, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur les conflits socioterritoriaux et la gouvernance locale à l’Université du Québec à Montréal.

Pour retrouver leur rôle et leur identité, les régions vont devoir faire appel aux citoyens. «C’est ce qu’on appelle une solution endogène, c’est-à-dire qui vient de l’intérieur», explique cette spécialiste, qui ne croit pas que les concepts élaborés par des fonctionnaires du gouvernement peuvent s’appliquer à n’importe quel milieu de vie.

Catherine Trudelle
Catherine Trudelle
Elle donne l’exemple du Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ) qui, dans les années 1960, a décidé de fermer des petits villages pour regrouper la population dans des zones plus concentrées. «Cette décision a mené à des drames humains», déplore la chercheuse qui rappelle les cas de suicides répertoriés à la suite de ces déménagements forcés.
«On ne peut pas pondre un grand plan à Québec et l’appliquer comme de la peinture à numéros dans le milieu rural sans prendre en considération les populations locales qui, elles, connaissent les problèmes et ont des solutions très valables à proposer», souligne Catherine Trudelle.

Elle évoque à cet égard le cas de Saint-Camille, en Estrie, qui compte un peu moins de 500 résidants et qui a su renaître de ses cendres grâce aux efforts de la communauté. «La mobilisation citoyenne, essentielle à la revitalisation d’un territoire, passe souvent par la confron­tation. À Saint-Camille, la menace de la fermeture du bureau de poste et la volonté d’une minière de s’approprier une partie du sous-sol a eu l’effet d’un électrochoc sur la population. Le conflit a donné lieu à une grande mobilisation qui a ouvert la voie à la reprise socioéconomique.»
Aujourd’hui, Saint-Camille compte plus de 24 organismes communautaires, culturels, économiques et religieux qui travaillent avec les entreprises agricoles, les municipalités et l’école pour mettre en œuvre des projets axés sur le développement durable.

Autre solution pour dynamiser nos régions : attirer et retenir la main-d’œuvre qualifiée. Catherine Beaudry, professeure en relations industrielles à l’Université du Québec à Rimouski a de l’expérience en la matière. Avant même d’en faire son sujet de recherche, elle a été aux prises avec un dilemme déchirant qui l’a sensibilisée à cette problématique. Après des études à l’Université Laval, à Québec, la chercheuse a obtenu un poste de professeure à Rimouski. Elle s’y plaisait. Mais, au bout de quatre ans, elle a demandé à être mutée au campus de Lévis, car son conjoint, lui aussi très qualifié, n’arrivait pas à se trouver du travail à Rimouski.

Et pourtant… Québec prévoit que plus de 1 million d’emplois devront être pour­vus par une main-d’œuvre adéquatement formée d’ici 2018. Et si le problème est généralisé à l’ensemble du territoire québécois – en raison du vieillissement de la population –, les régions sont encore plus lourdement touchées.

«C’est la problématique de l’heure dans les régions, et plusieurs responsables, notamment la Conférence régionale des élus (CRÉ), réfléchissent à la mise sur pied d’un plan d’action, parce qu’ils réalisent que c’est un problème crucial qui va nuire à la croissance économique des régions dans les 5 ou 10 prochaines années», remarque Catherine Beaudry.

Catherine Beaudry
Catherine Beaudry
Les taux d’emploi dans les régions éloignées demeuraient, en 2009, inférieurs au taux québécois qui s’établit à 59,7%. Pour la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, on est sous la barre des 45%. Du côté du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec, on frôle les 55%.

Le Plan Nord devrait cependant attirer beaucoup de monde, mais cela risque de se faire au détriment des autres régions. «L’un des grands problèmes, note Catherine Beaudry, c’est que les entreprises situées en région sont généralement de petite ou de moyenne taille. Les possibilités d’avancement professionnel sont moins nombreuses et la diversité des mandats est moindre, ce qui constitue un frein pour la main-d’œuvre.» Les remèdes ne se trouvent pourtant pas seulement du côté des employeurs. «Bien sûr, il faut que l’entreprise soit attirante, mais la région doit l’être aussi», précise-t-elle.

Or, il y a moyen de bâtir des milieux de vie stimulants et agréables en dehors des grands centres urbains. Des campus universitaires plus nombreux retiendraient les jeunes dans leur région natale, des subventions permettraient de développer de bons services de santé et des politiques familiales, une offre culturelle plus diversifiée séduirait davantage de citadins, etc.

Bref, pour aller vivre en région, il faut y trouver un sens. «Et pour créer ce sens, conclut Catherine Beaudry, les acteurs régionaux devront s’engager davantage et faire preuve de créativité.»


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