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50 défis

Mieux comprendre les comportements alimentaires pour combattre l'obésité

[Défi 04] Au Québec, une personne sur quatre est obèse, tandis que plus d’une sur trois souffre d’embonpoint. À l’échelle mondiale, la prévalence de l’obésité est un… gros problème de santé publique.

01/11/2012
Jean-Philippe Chaput
Kinésiologie, professeur à l’École des sciences de l’activité physique de l’Université d’Ottawa

Vicky Drapeau
Nutritionniste et cofondatrice de la Clinique Équilibre-Santé de l’Université Laval
Fréfon défi 4
Dis-moi ce que tu manges...

Pour changer nos habitudes alimentaires, il faut commencer par comprendre ce qui nous pousse à trop et à mal manger.
Par Catherine Girard

Une épidémie. C’est ainsi que l’Organisation mondiale de la santé décrit la prévalence de l’obésité à l’échelle de la planète. Le Québec ne fait pas exception. Au royaume de la poutine et du «pouding chômeur», on estime que près d’une personne sur quatre est obèse, tandis que plus d’une sur trois souffre d’embonpoint.

Au banc des accusés, on retrouve bien sûr le manque d’exercice mais aussi, et surtout, la suralimentation. «On a longtemps insisté sur l’impor­tance de l’activité physique pour maigrir, mais on sait maintenant que c’est la prise alimentaire qui influence le plus la perte ou le gain de poids», affirme Jean-Philippe Chaput, professeur à l’École des sciences de l’activité physique de l’Université d’Ottawa.

Jean-Philippe ChaputComme le souligne le chercheur, il est en effet plus facile de supprimer 500 calories par jour que de les brûler. En théorie, du moins. Car, en pratique, si certaines personnes sont capables de ne manger qu’une poignée de croustilles, d’autres ne peuvent s’arrêter avant d’avoir atteint le fond du sac.

Simple question de volonté? Non, répond la nutritionniste et cofondatrice de la Clinique Équilibre-Santé de l’Université Laval, Vicky Drapeau. «De nombreux facteurs, comme le stress, la qualité du sommeil ou le travail intellectuel jouent un rôle dans le contrôle de l’appétit. Nous savons aussi que 10% des gens qui viennent nous consulter à la clinique perçoivent mal les signaux de satiété», explique-t-elle.

Les raisons pour lesquelles certaines personnes ont de la difficulté à percevoir ces signaux ne sont pas encore toutes connues, mais les chercheurs sont de plus en plus convaincus que la génétique joue un rôle.

Ainsi, alors que la plupart d’entre nous sommes en mesure de nous raisonner face à un plat riche et très tentant, d’autres présentent une «désinhibi­tion alimentaire» qui les pousse à se resservir. D’autres se suralimentent, car ils ont le sentiment de n’être jamais rassasiés. Or, en 2005, une équipe de l’Université Laval, dont Vicky Drapeau faisait partie, a démontré que ce type de comportement pourrait être lié à une mutation du gène codant pour la neuromédine-B, une protéine qui diminue l’appétit. Et, d’après les experts, de nombreux autres liens génétiques restent à découvrir.

Vicky DrapeauCeux qui ont eu moins de chance à la loterie génétique ne sont cependant pas pour autant condamnés à être gros, car on peut très bien déjouer les «mauvais» gènes grâce à de bonnes habitudes de vie. «Les anomalies génétiques n’expliquent pas à elles seules la montée en flèche du taux d’obésité. Aujourd’hui, la nourriture est présente partout, tout le temps et en quantité illimitée. De plus, l’aménagement de bien des villes, surtout en Amérique du Nord, favorise peu l’activité physique», souligne Vicky Drapeau.

Pour contrer l’obésité, la chercheuse préconise une approche individualisée. «Il n’y a pas de solution miracle qui puisse convenir à tout le monde. Pour traiter les problèmes de surpoids, il faut traiter les gens au cas par cas», insiste-t-elle. Les recherches sur les causes génétiques des comportements alimentaires prédisposant à l’obésité permettront justement de mieux cibler les interventions auprès de ceux qui souhaitent diminuer leur tour de taille.

«Prenons l’exemple d’une personne qui a tendance à trop manger à cause d’une mutation génétique qui l’empêche de bien percevoir les signaux de faim et de satiété. Elle pourrait miser sur des produits reconnus pour leur pouvoir rassasiant et leur faible valeur énergétique», illustre la nutritionniste. Les régimes miracles qui garantissent des pertes de poids à tout le monde devraient donc être bel et bien mis au rancart.


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