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50 défis

Cartographier l'océan

[Défi 40] Les fonds marins sont les archives du climat. Les couches de sédiments qui les composent portent les traces des événements qui se sont produits, il y a plusieurs milliers d’années.
26/11/2012
Guillaume St-Onge
Géologie marine, Institut des sciences de la mer, à l’Université du Québec à Rimouski

Dessiner le grand bleu

Scruter le fond des océans va nous aider à mieux comprendre les changements climatiques et les risques naturels.
Par Joël Leblanc
 
Guillaume St-OngeDans une grande chambre froide, plusieurs centaines de longs tubes de plastique remplis de boue reposent bien alignés sur des étagères. «C’est notre “carottèque”, explique en souriant Guillaume St-Onge. C’est ici que nous stockons nos carottes, des échantillons de fonds marins que nous prélevons au cours de nos expéditions.» Les sédiments qui se sont déposés le plus récemment se trouvent à l’extrémité supérieure des carottes; et les plus anciens, qui datent parfois de plusieurs millénaires, sont en bas. Des milliers d’années d’information y sont archivées.

Guillaume St-Onge pratique la géologie marine à l’Institut des sciences de la mer, à l’Université du Québec à Rimouski. À bord de navires qui sillonnent l’estuaire et le golfe Saint-Laurent ou l’océan Arctique, il étudie le fond de la mer pour en cartographier le relief et en connaître la compo­sition: «Avec le logiciel Google Earth, on peut explorer la planète Mars avec une précision impressionnante. Du coup, la surface de cette planète est mieux connue que le fond du golfe du Saint-Laurent!» Dommage car de très vieux secrets s’y cachent.

Les navires de recherche utilisés par l’équipe de Guillaume St-Onge, notamment le Coriolis II et l’Amundsen, sont équipés de sonars qui permettent d’ausculter le fond de l’eau pour «voir» sa topographie. Les cartes obtenues sont d’une précision étonnante. «On peut déceler les traces laissées par des glissements de terrain sous-marins qui remontent à plusieurs siècles, explique le géologue. Au large de Pessamit – anciennement Betsiamites –, sur la Côte-Nord, par exemple, nous avons observé les vestiges de plusieurs millions de mètres cubes de fond marin qui se sont déplacés vers le large, lors d’un glissement majeur, en 1663. Cela coïncide avec un séisme d’une magnitude de plus de sept qui a eu lieu dans la région de Charlevoix ou du Saguenay à cette époque. L’événement semble avoir été assez violent et a déplacé tant de sédiments qu’il a probablement provoqué un petit tsunami dans le secteur de Rivière-du-Loup, de l’autre côté du fleuve. Des glissements sous-marins comme celui-là, nous en avons repéré des dizaines partout dans le fjord du Saguenay, l’estuaire et le Golfe.» Et la majeure partie des côtes du Québec et du Canada restent à cartographier!

Mais les fonds marins présentent un autre intérêt pour les scientifiques. C’est qu’ils sont un peu les archives du climat. Comme les sédiments s’y déposent doucement mais régulièrement, leur accumulation couche par couche permet d’enregistrer les variations climatiques. «On a parfois accès à des données de l’ordre du million d’années», précise Guillaume St-Onge. Il en est ainsi du fjord de Disraeli, tout au nord de la grande île d’Ellesmere, dans le haut Arctique canadien.

À certaines époques plus froides, son embouchure a été fermée par la glace et il était comme un lac d’eau douce. À d’autres moments plus chauds, la banquise a disparu et l’eau salée a pu entrer, ce qui en faisait un bras de mer. Les organismes vivants, planctons et phytoplanctons, n’étaient pas les mêmes dans ces deux versions du fjord et on retrouve leurs microfossiles dans les sédiments du fond. «Grâce aux restes de ces organismes, on a pu connaître et dater précisément les alternances entre les périodes avec et sans glace, et ainsi déterminer la variabilité naturelle de la banquise au cours des derniers millénaires», explique le géologue.

Un peu partout dans le monde, des équipes s’attaquent à cartographier les fonds marins de leur coin de pays, cherchant à y lire les variations climatiques.
Un des buts de Guillaume St-Onge et de son équipe est justement de retracer la variabilité naturelle du climat du Québec au cours des deux derniers millions d’années: «On pourra ainsi comprendre les changements actuels, les modéliser et mieux prédire les prochains.»


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