Suivez-nous sur Twitter Suivez-nous sur Facebook VQ  velo.qc.ca 
50 défis

Comment rebâtir une ville après une catastrophe

[Défi 47] L’urbanisation grandissante nous rend de plus en plus vulnérables à des catastrophes naturelles.

17/10/2012
Yona Jébrak
Urbanisme, professeure au département d'études urbaines et touristiques de l'Université du Québec à Montréal

Le violent séisme qui a frappé Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en février 2011, a dévasté la ville.  yona jebrak
Le violent séisme qui a frappé Christchurch, en Nouvelle-Zélande, en février 2011, a dévasté la ville. © yona jebrak

Quand les villes renaissent de leurs cendres

Port-au-Prince, Christchurch, Fukushima... Comment des cités détruites reviennent à la vie.
Par Catherine Girard

Yona Jébrak parcourt le monde en visitant les villes dévastées par les catastrophes naturelles. Elle cherche à comprendre comment une ville, ses habitants et ses institutions se remettent de telles épreuves. La jeune femme, professeure à l’Université du Québec à Montréal, est une spécialiste de la résilience urbaine.

À l’origine, le mot «résilience», un terme emprunté à la physique, désigne la propriété d’un matériau à reprendre sa forme initiale après un choc. En psychologie, on dit qu’une personne est résiliente lorsqu’elle se rétablit après un traumatisme. «Depuis une vingtaine d’années, le concept s’applique aux milieux urbains. La résilience urbaine désigne donc la capacité des villes à retrouver un état normal après une catastrophe, qu’elle soit causée par un fléau naturel, comme un feu de forêt ou un séisme, ou qu’il s’agisse d’un traumatisme social, comme la fermeture d’une usine importante», explique la chercheuse.

La résilience urbaine dépend non seulement de la reconstruction des bâtiments, mais aussi de la faculté d’adaptation des résidants. «Au lendemain du séisme qui a défiguré leur pays, les Haïtiens ont fait preuve d’une grande force de caractère. Plus de deux ans après les événements, des centaines de milliers de personnes vivent toujours dans des camps de fortune», précise Mme Jébrak.

Certaines métropoles sont mieux outillées que d’autres pour faire face aux aléas du destin. Une économie forte et des structures politiques solides sont des atouts qui permettent à une ville de se relever plus rapidement. Mais de tous les facteurs de résilience, la capacité d’anticipation est de loin le plus important, croit la professeure. «Le risque nul n’existe pas. Les villes les plus résilientes sont celles qui sont préparées à plusieurs éventualités», dit-elle. Ainsi, même les localités où le risque sismique est faible devraient prévoir des mesures d’urgence au cas où la terre tremblerait.

La résilience, c’est aussi savoir tirer des leçons du passé et de l’expérience des autres. «Parce qu’elles savent qu’elles sont situées dans une région où les trem­blements de terre sont fréquents, les villes japonaises se sont dotées de normes antisismiques très élevées. Malgré tout, lors du séisme survenu en 1995 à Ko¯be, dans le sud-est du pays, de nombreuses personnes qui résidaient dans de vieux quartiers ne répondant pas à ces normes sont décédées. Afin d’éviter que ce genre de tragédie se reproduise, le plan d’évacuation a été modifié. Il s’agit d’un bon exemple de résilience urbaine», relate Yona Jébrak.

La résilience urbaine est encore un sujet d’étude marginal, mais qui est appelé à se développer. En effet, selon le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, mis sur pied par l’ONU, les changements climatiques entraîneront une augmentation des événements dévastateurs, comme les ouragans, les sécheresses et les inondations.

«L’urbanisation grandissante nous rend également de plus en plus vulnérables. Une inondation dans un lieu inhabité aura peu de conséquences. Mais dans une zone résidentielle, ça peut représenter un fléau», ajoute la professeure. Les sinistrés des inondations de la rivière Richelieu,  au Québec, en 2011, en savent quelque chose...


Untitled Document

Découvrez les 50 defis