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Catherine Mathys

Un médicament qui vous surveille

04-01-2018

Big Brother sera bientôt offert sous forme de comprimé pour vous surveiller… de l’intérieur. En novembre dernier, la Food and Drug Administration (FDA), l’agence qui réglemente, entre autres, la commercialisation des médicaments sur le territoire américain, a approuvé Abilify MyCite, le premier médicament ingérable muni d’un système de traçabilité. On le prescrit pour traiter la schizophrénie, les troubles bipolaires et la dépression.

Une fois avalé, le médicament envoie un message à un timbre épidermique qui transmet l’information à une application mobile. Ainsi, à partir de leur téléphone intelligent, les patients sont en mesure de suivre non seulement le respect de la posologie, mais aussi plusieurs données comme leur niveau d’activité, leur humeur ou la qualité de leur sommeil. Ils peuvent également donner accès à ces informations à leur personnel soignant.

Doit-on s’en réjouir ou s’en inquiéter ? Bien sûr, ce type de technologie vise d’abord à assurer la prise régulière de comprimés pour un traitement plus efficace de la maladie. Mais ce n’est pas sans risque, car il existe très peu de balises pour encadrer le médicament intelligent. Plus l’information est partagée, plus elle est susceptible d’aboutir entre de mauvaises mains. Comment alors garantir la protection des données et de la vie privée des patients ? Imaginez un scénario où un individu schizophrène est obligé de prendre une médication intelligente à la suite d’une ordonnance judiciaire. Le médicament n’est plus seulement un soin, mais un possible outil de surveillance qui brime la liberté.

Et ce n’est pas tout : certains experts craignent l’instrumentalisation de ces données dans un but punitif ou coercitif. « Vous ne prenez pas vos médicaments correctement ? Vous n’aurez plus droit à tel service ou à telle assurance. »

Alors que d’autres médicaments intelligents sont en attente d’approbation de la FDA, il faudra donc, plus tôt que tard, réfléchir à ces questions éthiques, afin que la pilule passe mieux sur le plan des libertés individuelles et de la vie privée.

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