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Édito

Alarme arctique

Par Raymond Lemieux - 23/10/2013
Pour la première fois, un cargo a utilisé, en septembre dernier, le passage du Nord-Ouest dans l’océan Arctique. Le Nordic Orion transportait du charbon vers la Finlande. L’armateur danois a affirmé – sans relever l’ironie – que cette nouvelle route maritime, qui relie le Pacifique à l’Atlantique sans faire le détour par le canal de Panama, lui a permis d’économiser des dizaines de milliers de dollars en mazout. Sa contribution à la lutte contre les changements climatiques?

Certes, des icebergs occupent toujours ces eaux – encore – glaciales, mais jamais cette voie n’a pu être empruntée avec autant de facilité. Au point que le passage est maintenant praticable en été. On avance que le quart du trafic maritime entre l’Asie et l’Europe y transiterait d’ici 2030.
Cette annonce prend tout son sens alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du cli­mat (GIEC) vient de rendre public son dernier rapport. Et il n’a rien de rassurant pour les ours blancs.

Le compte rendu du GIEC, auquel ont contribué plusieurs chercheurs québécois et canadiens, est sans équivoque: la température moyenne de la planète va faire un bond. Et l’Arctique est la région la plus exposée au phénomène. Déjà, l’an dernier, on a mesuré que la banquise avait fondu de 700 000 kilomètres carrés au cours des 5 dernières années.
L’augmentation de température au Nord entraînera aussi une fonte du pergélisol, laquelle affectera près du quart des terres de l’hémisphère. Le retour à la vie d’un sol gelé depuis des siècles libérera des milliards de tonnes de méthane, un gaz à effet de serre 20 fois plus puissant que le dioxyde de carbone. Arrgll!

Les climatosceptiques, ceux-là qui doutent toujours de la démarche scientifique du GIEC, vont encore se demander quand on va arrêter de pleurer sur les ours blancs. On peut certes pérorer longtemps sur les limites scientifiques de la climatologie mais, à un moment donné, il faut prendre la juste mesure de nos connaissances. Le doute est nécessaire à la science, bien sûr, mais il ne nous soustrait pas aux responsabilités qu’implique la gestion de l’environnement planétaire. Autrement, il n’est plus que de la science sans conscience.

Le GIEC a fondé son rapport sur plus de 9 200 publications scientifiques et près de 55 000 commentaires émis par les chercheurs. Il a amélioré les modélisations pour atteindre une précision sans égale. Qu’on doute ou pas, qu’on le veuille ou non, la tendance observée dans ses rapports antérieurs (le GIEC en a publié en 1990, 1995, 2000 et 2007) se confirme!

Les climatologues semblent déjà avoir concédé que la planète pourrait encaisser une augmentation de deux degrés. Mais pas plus. Comment faire pour ne pas dépasser ce seuil au-delà duquel la très sérieuse Banque mondiale, dont les intérêts sont pourtant bien loin de ceux de Greenpeace, prévoit sécheresse et montée des eaux? Tout l’enjeu est là.

Les États membres des Nations unies se sont donné jusqu’en 2015 pour s’entendre afin de limiter les émissions de gaz à effet de serre; le nouvel accord remplacerait celui de Kyoto. Quelle que soit l’issue des pourparlers, écologistes, scientifiques et politiciens admettent maintenant qu’il faut s’adapter à une nouvelle réalité climatique.

On ne crie plus au loup. Peut-être le loup a-t-il été bouffé par l’ours blanc? Mais, de son côté, le roi du Nord commence à ne plus trop savoir où est sa place sur Terre.

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