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Édito

Crimes de guerre

Par Raymond Lemieux - 22/09/2015


Palmyre, Kalkhu, Hatra, Mossoul, en Syrie et en Irak... Ces hauts lieux de civilisation sont tombés entre les mains de vandales. Ce sont des sites que très peu d’entre nous, avouons-le, connaissaient. Mais leur destruction aveugle et stupide nous désole, car elle efface à jamais des témoignages du développement des sociétés humaines. L’archéologie s’en remettra-t-elle?

Cette campagne de destruction s’apparente à ce qu’ont fait les talibans d’Afghanistan en dynamitant les fameux bouddhas géants de Bâmiyân; les salafistes au Mali, en rasant des mausolées classés au patrimoine mondial; les Saoudiens, en détruisant récemment de nombreux monuments à Médine ou à La Mecque; voire les soldats des États-Unis, en installant une base militaire en plein milieu des ruines de l’ancienne Babylone.

Des dommages irréversibles. Cette partie du monde est le berceau des civilisations, comme ont pu l’apprendre ceux et celles qui ont reçu des cours d’histoire de l’Antiquité. C’est là, dans l’ancienne Mésopotamie, le long des rives du Tigre et de l’Euphrate, que sont nées l’agriculture et l’écriture, rien de moins. Et ce n’est pas tout. C’est là aussi que les premières règles du droit et du commerce ont été conçues.

Les fanatiques aux œillères religieuses n’ont jamais cessé de vouloir manipuler l’histoire du monde à leur étroite façon. Pour adapter la réalité à leurs croyances? Aux yeux des sbires de l’État islamique (EI), tout ce qui existait avant la venue de l’islam doit être éliminé. Dans cette même logique, rien ne les empêche de s’attaquer demain aux pyramides d’Égypte.

Les actes de destruction ont été décrits comme des crimes de guerre par le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon. Et la directrice générale de l’auguste UNESCO, Irina Bokova, aurait saisi la procureure de la Cour pénale internationale à ce propos. Si les coupables devaient être jugés, on pourrait toujours les condamner aux travaux forcés. Combien de temps leur faudrait-il pour reconstruire un mausolée ou façonner un bouddha géant? Cinquante ans? Mais pas besoin d’être prophète pour le savoir: ce n’est pas demain la veille que les vandales comparaîtront devant le tribunal.

Fortement médiatisées, les images de destruction qu’ont fait circuler les démolisseurs permettent d’oc­culter une autre tragédie: le pillage des sites archéologiques. Un temple ne se déplace pas comme une maison mobile et il se vend assez mal sur le marché noir. Mais pas les sculptures ou les bas-reliefs. L’EI en profite allègrement. L’UNESCO es­ti­me que ce trafic représente des revenus de 2 à 6 milliards de dollars par année pour les terroristes. Mais qui sont leurs clients, pensez-vous? Qui sont ces acheteurs sans scrupule? Certainement pas les habitués de Dollarama!

Le comble, c’est que les États-Unis permettent l’exportation des antiquités irakiennes qui n’auraient pas été reconnues comme propriété d’un musée ou d’une institution. Autant dire que c’est le bar ouvert pour les Indiana Jones en herbe. Au moins, elles ne sont pas détruites, dites-vous. Mais elles ne sont plus que des curiosités décoratives dans les salons privés des riches du monde.

Aussi émouvants soient-ils, ces vestiges et ces objets d’art, arrachés de leur contexte, deviennent muets. Des reliquats insignifiants dans un monde sans histoire. Est-ce cela que nous souhaitons?

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