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Edito

Ebola: la bravoure plutôt que la paranoïa

25-11-2014

Grossi au microscope, il a des allures de serpent. Charrié par des chauves-souris depuis le fin fond de la jungle équatoriale africaine, le virus Ebola a maintenant infecté près de 10 000 personnes. Et il en a tué près de la moitié. Il sévit surtout en Afrique de l’Ouest, mais après la diffusion de spectaculaires images montrant un personnel soignant vêtu comme un équipage d’astronautes, il a alimenté la machine médiatique mondiale au point de devenir la grande affaire médicale de l’année.

Il fait peur. Sur le plan de la psychose collective, ce virus filiforme a réussi à éclipser, au Québec, le virus du Nil occidental et la bactérie de la maladie de Lyme. Pourtant, ce microbe – terrible – n’est pas des plus contagieux. Il ne se transmet qu’au moment où le malade présente des symptômes, et au contact de ses fluides corporels comme la sueur, la salive et le sang. Il faut cependant le stopper rapidement tant il est meurtrier et ravageur. Or, dans un contexte d’urgence comme celui-là, un système de santé publique minimalement organisé et correctement équipé peut faire toute la différence entre la vie et la mort.

Le Nigeria a en fait la preuve. Le pays de plus de 170 millions d’habitants était, cet été déjà, engagé dans une bataille contre la polio. Le filet de sécurité sanitaire qu’il avait alors déployé s’est avéré d’une utilité incomparable pour neutraliser l’avancée du virus Ebola lorsqu’une vingtaine de cas ont été signalés. En quelques semaines, les responsables nigérians ont examiné quelque 18 000 personnes et en ont placé en quarantaine 900 autres qui avaient été en contact avec les malades. Aujourd’hui, Ebola est disparu du pays. Coût de l’opération: 30 millions de dollars. C’est deux fois ce que le Canada a déjà dépensé contre le virus alors qu’aucun cas n’y a été enregistré.

La situation a été tout autre en Guinée, au Sierra Leone et au Libéria. C’est que le virus trouve là un environnement favorable pour se propager: celui de sociétés délabrées à la suite de terribles guerres civiles. Sans l’action des ONG, comme Médecins sans frontières, qui ont compensé la faiblesse sanitaire de ces pays africains, on imagine que l’épidémie aurait eu une ampleur encore plus effrayante! On devine aussi que ces médecins et infirmières volontaires ont dû user de tact, de patience et de courage. Surtout que, parmi les populations touchées, le bruit courait que les médecins blancs inoculaient eux-mêmes le virus afin de prélever reins, foie, cœur ou poumons pour le lucratif marché des organes. Comment alors prendre le temps, dans l’urgence, de désamorcer de telles inepties, d’éduquer les gens et de bien expliquer les choses?

Pourtant, on n’en sort pas, c’est bien par là qu’il faut passer. Car la facilité avec laquelle les microbes peuvent aujourd’hui voyager oblige un resserrement des suivis sanitaires et une solide confiance envers le personnel soignant.
Ebola ne sera probablement pas disparu de la carte avant l’été prochain. Pourrait-il muter et devenir encore plus dangereux? On ne sait pas! C’est une raison de plus pour l’éradiquer rapidement et pour toujours, comme on l’a fait avec la variole. L’action des intervenants locaux – la première ligne, comme on dirait au pays des CLSC –, devient, dans ce contexte, critique et essentielle. Et elle est plus efficace que la paranoïa.

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