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Édito

Garder le cap

Par Raymond Lemieux - 04/07/2016
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Il voulait l’Asie; il a trouvé des épinettes plutôt que des bambous. Il a vu des castors plutôt que des pandas. Il a rencontré Donnacona plutôt que les disciples de Confucius. Il cherchait de l’or; il a trouvé un monde tout à fait inconnu. S’il n’est pas arrivé là où il l’avait souhaité, il n’empêche que notre Jacques Cartier était en pâmoison lorsqu’il a sillonné ce cours d’eau plus large, plus puissant, plus capricieux que n’importe quel fleuve du royaume de France. « C’est le plus grand, sans comparaison possible, que l’on ait jamais vu. »

Et c’est par ce fleuve, véritable bras de mer, que l’épopée française a vraiment commencé en Amérique. Un tournant qui tient généralement en quelques pages dans les livres d’histoire. Pourtant, cela n’a pas dû être une partie de plaisir pour les découvreurs. Il fallait que leur curiosité et leur audace soient formidables pour leur insuffler la force de surmonter le stress et les craintes que devait susciter ce Nouveau Monde inconnu. Et la persévérance que cela exigeait valait bien plus que les peaux de castor.

Les premiers arrivants d’Europe (pour la plupart nos ancêtres) se sont ainsi progressivement établis le long des deux rives du Saint-Laurent. Ils se sont mis à vivre au rythme du fleuve. Mais, plusieurs générations plus tard, nous nous sommes – avouons-le – détournés de lui. Nous y pêchons peu; nous nous déplaçons surtout par les routes et dans les airs; c’est à peine si nous regardons passer les bateaux.

En adoptant, en 2015, la première Stratégie maritime de son histoire, Québec tente de briser cette indifférence en rappelant combien le fleuve est un atout social majeur. C’est encore par le Saint-Laurent qu’arrivent et repartent la majorité de nos biens et de nos produits de consommation. Le Saint-Laurent peut-il donc nous inspirer davantage qu’un week-end d’observation des baleines à Tadoussac ?

Bien sûr, il nous faut rénover des infrastructures portuaires, assurer la pérennité des pêcheries et la qualité de l’eau, nous protéger des espèces envahissantes comme la carpe asiatique, la moule zébrée ou le crabe vert. Mais il y a plus : le Saint-Laurent nous rappelle qu’il nous faut renouer avec l’audace qui a jadis inspiré ceux et celles qui s’y sont aventurés. Osons penser que l’eau de ce fleuve coule encore dans les veines de chacun de nos artistes, de nos scientifiques et de nos entrepreneurs.

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Pour avancer sur les flots tourmentés du monde des médias, Québec Science est comme une goélette : parfaitement adapté à son environnement. Et il navigue depuis bientôt 55 ans.

J’ai tenu la barre de cette merveilleuse voiture d’eau pendant 22 ans. À chaque numéro, je l’ai vue accoster dans les kiosques où des dizaines de milliers de lecteurs et de lectrices lui réservaient un accueil des fois heureux, des fois mitigé, mais toujours fidèle. Quel bonheur !

Comme les premiers explorateurs, les journalistes scientifiques sont des observateurs privilégiés du monde. Depuis 1994, on a vu l’expansion planétaire du réseau Internet, le début du clonage, la découverte d’une multitude d’exoplanètes, la mise au point de nouveaux moyens de production énergétique, etc. Cela, grâce à la recherche et à cette propension, si merveilleusement humaine, à vouloir tout connaître. Une aventure qui ne se terminera jamais.

L’équipage de notre goélette m’a souvent fait comprendre que ces voyages de la connaissance ne peuvent être entrepris qu’en faisant converger de multiples talents, dont celui de savoir raconter et expliquer ces progrès scientifiques. C’est ce qui permettra d’ailleurs à Québec Science de naviguer encore longtemps.

Aujourd’hui, je cède la barre à une nouvelle capitaine, Marie Lambert-Chan. Et je monte à bord d’un autre navire, les éditions MultiMondes qui naviguent également avec le souci de rendre la science accessible à tous. Car oui, la science est comparable à un long et large Saint-Laurent puissant et riche, sans cesse à explorer.

 

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