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Édito

Gentilly-2, dernier acte

Raymond Lemieux - 09/10/2012
Gentilly «déclassée»? On n’en a pas pour autant fini avec le nucléaire.

À la fin juillet, juste avant le déclenchement des dernières élections québécoises, l’activité à la centrale nucléaire de Gentilly-2, à proximité de Trois-Rivières, a été interrompue d’urgence. Les ingénieurs venaient de constater une défectuosité dans la pompe d’eau lourde, laquelle achemine le liquide qui refroidit le réacteur nucléaire.

Ce n’était que le plus récent d’une série d’incidents survenus ces derniers temps à la centrale. Quelques mois auparavant, le 26 avril, une fuite de 70 litres d’eau lourde radioactive a été constatée suivie, le 18 mai, d’une autre fuite. En 2011, la centrale avait cessé de produire de l’électricité pendant plusieurs mois afin qu’on puisse y remplacer une vanne de ventilation défectueuse, ainsi que des vannes de refroidissement d’urgence au cœur du réacteur.

Indiscutablement, la centrale inaugurée il y a près de 30 ans vieillissait dangereusement. La Commission canadienne de sûreté nucléaire avait d’ailleurs sommé Hydro-Québec de ne plus la faire fonctionner au-delà de décembre 2012, étant donné son usure. Après quoi, il fallait faire un choix: la rénover ou la mettre définitivement au rancart.

Ce n’est quand même pas d’hier que Québec se demande quoi faire avec Gentilly-2. Et on surveillait nos voisins du Nouveau-Brunswick afin de savoir comment ils allaient tirer leur épingle du jeu en s’engageant dans la rénovation de leur centrale Point Lepreau, la jumelle de Gentilly-2. Le chantier est maintenant terminé. Facture totale des travaux: 2,4 milliards de dollars, soit 1 milliard de plus que prévu. Les Montréalais connaissent bien ce genre de facturation «olympique». Ce dépassement de coût donne-t-il une leçon suffisamment instructive?

Le nucléaire est un luxe. Et comble de chance «hydroquébécoise», on peut s’en passer chez nous. Il ne pèse d’ailleurs pas très lourd dans notre balance énergétique et ne fournit que 2% de notre électricité. Pis, selon un sondage fait en 2008 par la firme Angus Reid, 62% des Québécois s’opposent au développement de l’énergie nucléaire. En septembre dernier, le nouveau gouvernement du Québec a vite fait son choix: Gentilly-2, c’est fini.

C’était ça ou prévoir entre 2 et 4,3 milliards de dollars dans une réfection incertaine – avec les risques que cela comporte – en continuant à générer des déchets radioactifs dont on ne sait déjà trop que faire. Notons qu’avec une centrale Gentilly-2 rénovée, il aurait fallu construire, d’ici 2040, 13 nouvelles enceintes en béton pour recevoir 150 000 grappes d’uranium radioactif, lesquelles allaient ensuite être déménagées vers 2050 pour être enfouies quelque part – et pour de bon – dans les profondeurs du nord ontarien.

La levée de boucliers qui a suivi l’annonce du déclassement de la centrale peut ainsi paraître bien intempestive. «Perte de retombées économiques» et «perte d’emplois», entend-on. Rappelons que la centrale devait, d’une manière ou d’une autre, cesser ses activités d’ici la fin de l’année, et que la perte d’emplois que l’on souligne ici concerne, en fait, des emplois temporaires liés à la rénovation de la centrale.

Des emplois temporaires alors que le risque nucléaire, lui, est permanent. «Notre argument, ce n’est pas qu’on doit garder la technologie nucléaire au Québec. Notre argument, c’est de dire qu’on ne sait pas où on s’en va», a précisé le directeur québécois du Syndicat canadien de la fonction publique, Michel Bibeault.

Où va-t-on? La question est fort légitime et nous incite à y voir maintenant un peu plus clair en terme de stratégie énergétique.  Je parie une éolienne ou un capteur solaire que la création d’emplois générée par un virage vert énergétique clouerait le bec à quelques autruches.

Avec la décision de déclasser Gentilly-2, le Québec est-il pour autant sorti du nucléaire? Hélas non et les écologistes ne devraient pas festoyer trop vite. Nous avons maintenant 3 000 tonnes de déchets radioactifs sur les bras, et deux centrales à démanteler. Et il faudra faire preuve de patience. Comme le soulignait la journaliste Catherine Dubé dans un long reportage publié dans les pages de Québec Science en mars 2009, on devra encore attendre 30 ans avant d’entreprendre la démolition de Gentilly-2 si on veut éviter que la sécurité des travailleurs soit menacée.

Remarquez que l’on peut déjà commencer par démolir Gentilly-1, tout à côté, qui a été fermée en 1979 après six mois de service. Cela nous doterait d’un savoir-faire qui sera certainement très prisé en matière de démantèlement d’installations nucléaires. Le Japon a mis le nucléaire au ban; l’Allemagne également. C’est aussi ça, le XXIe siècle!


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