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Édito

Grossier!

Par Raymond Lemieux - 04/08/2014
Près de une personne sur cinq souffre de surpoids ou d’un sévère embonpoint, mais il ne faut pas en faire une maladie. Car l’obésité n’est pas un problème au Canada. Je fais de l’ironie? Pas du tout! Je rapporte ce que l’Institut Fraser – un groupe de réflexion particulièrement en vue et passablement conservateur – vient de signifier dans une récente étude.

Parce qu’il n’y aurait pas plus d’obèses qu’il y a 10 ans, affirme la recherche en question, on ne peut pas établir de lien de cause à effet entre l’alimentation industrielle et un bide boursoufflé. La preuve circonstancielle: tandis qu’on continue à se nourrir allègrement de malbouffe sous toutes ses formes, le taux de personnes en surplus de poids n’augmente pas. Alors, disent ces chercheurs peu subtils, à quoi bon taxer les boissons gazeuses ainsi que les autres inventions salées et sucrées de l’industrie agroalimentaire? Grossier raccourci!

Nous pourrions tout de même nous demander à qui profite une étude comme celle-là. Certainement pas aux producteurs de tomates bio! En fait, elle tend à semer le doute, comme les compagnies de tabac l’ont fait pendant des dizaines d’années avant d’admettre que leurs produits étaient cancérigènes (à tout le moins!). Il a ensuite fallu des années de palabres et de travaux pour arriver à y voir clair et à prendre d’efficaces mesures anti-tabac.

Un historien états-unien des sciences a trouvé un beau néologisme pour cerner la promotion du doute systématique comme le fait l’Institut Fraser: l’«agnologie». Cette astuce qui n’a rien de scientifique et qui est assortie de mauvaise foi, perpétue intentionnellement l’ignorance. Ce qui annule ou freine les actions et les mesures que la science sérieuse et le bon sens nous invitent à prendre dans toutes sortes de domaines. Ces derniers vont de l’environ­nement (l’ambiguïté qu’entretiennent les climatosceptiques à propos des changements climatiques) à la santé publique (cette banalisation du surpoids). C’est le discours parfait pour une stratégie du «non-agir».
On n’a pourtant pas à se mettre la tête dans le sable ou sous la table: la malbouffe hypothèque la santé. L’embonpoint et l’obésité entraînent des risques très élevés de diabète et de problèmes cardiovasculaires. Il n’y a plus aucun doute là-dessus. Bien manger, c’est respecter sa santé.

Et la bataille contre les kilos en trop doit commencer très tôt. D’ailleurs, l’UNICEF a publié un rapport qui plaçait le Canada au troisième rang des pays développés quant à l’obésité infantile. Si cela n’augu­re pas bien pour la suite des choses, la solution au problème n’est certainement pas dans le déni. Au con­traire, la situation nous invite à être plus attentif que jamais quant au contenu de la boîte à lunch de nos enfants, à leurs collations et au menu du dîner à la garderie ou à l’école.
Taxer les aliments junk? Pourquoi pas? Mais on peut aussi apprendre aux enfants à savourer autrement. Le sucré et le salé ne sont pas les seuls perceptions gustatives, rappellent tous les chefs cuisiniers du monde. Bien que marginales encore, des «classes de goût» ont été créées en Europe pour contrecarrer la surconsommation de sucre et de sel. Elles seraient drôlement bienvenues dans les écoles d’Amérique. Et bien des adultes pourraient aussi en tirer profit.

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