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Édito

Haro sur les fraudeurs

Par Marie Lambert-Chan - 24/11/2016
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Elle s’appelle Sophie Jamal. Elle aurait souhaité qu’on se souvienne d’elle comme étant une brillante chercheuse ayant découvert qu’un onguent de nitroglycérine pouvait combattre l’ostéoporose chez des femmes ménopausées. L’histoire se souviendra plutôt d’elle comme étant la première scientifique canadienne publiquement dénoncée par un organisme de recherche fédéral. En juillet dernier, on l’a trouvée coupable d’avoir intentionnellement manipulé ses données. Sa punition : elle ne pourra plus jamais demander de subventions de recherche fédérales et devra rembourser tout l’argent injecté dans son étude frauduleuse.

Courante aux États-Unis, la pratique du name and shame (désigner et blâmer) apparaît de ce côté-ci de la frontière. On ne peut que s’en réjouir. Car, pendant longtemps, plusieurs ont accusé le gouvernement fédéral de manquer de transparence au sujet de la fraude scientifique.

Retraction Watch, un blogue réputé qui traque les articles erronés et retirés des revues scientifiques, a applaudi la manœuvre, affirmant du même souffle que le Canada devenait ainsi « l’un des rares pays à nommer les individus sanctionnés pour inconduite en recherche ».

La dénonciation de Sophie Jamal est d’autant plus marquante que cette dernière a entrepris ses travaux avant 2011, année charnière à partir de laquelle tout chercheur qui demande du financement fédéral doit, en échange, consentir à la divulgation de ses renseignements personnels s’il commet une violation grave. Ce qui veut dire que les manquements de la chercheuse ont été jugés suffisamment graves pour invoquer une exception à la Loi sur la protection des renseignements personnels permettant de lever le voile sur son identité pour des raisons d’intérêt public. Après tout, il s’agit d’un détournement de fonds publics. Ne pas révéler son identité aurait pu être dommageable tant pour les organismes subventionnaires que pour leur Secrétariat à la conduite responsable en recherche, chien de garde de l’éthique scientifique.

Au-delà de la réputation de tout un chacun, la divulgation du nom des chercheurs coupables d’inconduite est nécessaire pour maintenir la crédibilité de la communauté scientifique – déjà mise à mal par le nombre exponentiel d’articles retirés –, susciter la confiance de la population et, aussi, protéger la santé de milliers d’individus.

Jusqu’à preuve du contraire, les méfaits de Sophie Jamal n’ont pas mis en danger les sujets de ses recherches. Mais il existe des études frauduleuses aux effets toxiques, à commencer par la tristement célèbre étude d’Andrew Wakefield qui a lié le vaccin rougeole-oreillons-rubéole à l’autisme, en 1998, dans The Lancet. Des résultats totalement infondés, faut-il le rappeler, qui ont donné naissance à un mouvement anti-vaccin et à des éclosions de cas de rougeole et d’oreillons. Et, même si la revue s’est rétractée en 2010, la fiction perdure.

Jeter l’opprobre sur les scientifiques malhonnêtes suffira-t-il à décourager ceux qui seraient tentés de les imiter ? Probablement que non. C’est pourquoi on doit miser sur la prévention et inculquer aux chercheurs en herbe les principes d’une conduite responsable dès leurs premiers pas en laboratoire. Il faut les initier aux vertus de l’humilité, un trait qui semble faire défaut aux plus grands escrocs de la science moderne, tous assoiffés de reconnaissance internationale. Car il vaut mieux voir son nom publié comme troisième auteur ou dans une revue moins prestigieuse que dans un avis officiel de divulgation pour violation grave...

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