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Édito

La cinquantaine

Raymond Lemieux - 01/03/2012
Il y a eu l’American Dream. Il y a eu aussi le rêve Québécois. Il est né en 1962 – comme Québec Science – et il a étourdi toute une génération. Ça ne fait pas de mal de s’en souvenir.

Vous avez peut-être remarqué la pastille qui orne la une de votre Québec Science, ce mois-ci. Elle annonce notre jubilé. Comme la Place Ville Marie, à laquelle nous consacrons un reportage, le magazine soufflera ses 50 bougies cette année. L’occasion est belle de se replonger dans le contexte d’une époque qui a fait naître bien des idéaux et bien des projets. En 1962, les églises étaient pleines; les écoles aussi. Les femmes découvraient la pilule anticonceptionnelle, alors que le pape Jean XXIII s’opposait formellement à son usage. Nos pères buvaient de la Labatt 50, de la Dow ou de la Molson. Les Canadiens battaient régulièrement les Maple Leafs. On avait commencé à construire de grands barrages hydroélectriques et des autoroutes, tout en préparant l’exposition universelle de 1967. Bref, on avait la fièvre. La fièvre du progrès. En plus, on nous promettait la conquête de l’espace, la fin du cancer et la laveuse automatique dans tous les foyers. Le Québec n’avait pas l’intention de regarder passer le train de l’avenir.

Par la suite, Québec Science – publié d’abord sous le titre du Jeune scientifique – aura été au fil des ans le témoin de mutations sociales et intellectuelles sans précédent. Notre premier numéro paraît en novembre 1962. Nos lecteurs (vous) ont assisté à la montée en puissance d’une élite scientifique dont le Québec avait alors grand besoin; la moitié de la population active de l’époque ne comptait pas neuf ans de scolarité. Cette nouvelle élite a su investir les grands domaines de recherche auxquels se consacre une so­ciété développée: la chi­mie, l’aérospatiale, la sociologie, la neurologie, les nanotechnologies, l’ingénierie biomédicale, l’éco­logie, etc. Le Québec tout entier en a ensuite tiré profit.
Cinquante ans plus tard, le temps semble à l’amertume. La révolution tranquille? «Ce sont les baby-boomers qui en ont profité! Aujourd’hui, il faut payer pour ça!»


À entendre quelques esprits réactionnaires, le Québec est maintenant un champ de ruines géré par des fonctionnaires paresseux et des entrepreneurs corrompus; et plombé d’acquis sociaux trop généreux. Aurait-on oublié que notre société s’est enrichie comme jamais? Qu’elle a connu un essor la plaçant au niveau économique des pays développés? Qu’elle dispose d’un système de santé accessible à tous, d’un réseau scolaire solide et de chercheurs qui nous apportent une perspective précieuse sur un ensemble d’enjeux importants, notamment l’exploitation de nos ressources naturelles?
Tous ces acquis ne nous dispensent évidemment pas d’un esprit critique et ne nous protègent pas contre les mauvais gestionnaires. Mais on a au moins les capacités et les moyens de comprendre, ainsi que d’entreprendre des projets. Ce n’est pas rien. Pourquoi jeter le bébé du baby-boom avec l’eau du bain?

Il y a 50 ans, tous n’ont pas initié les réformes qui ont fouetté le Québec tranquillement révolutionnaire, mais tous y ont pris part. Et le Québec a pu avancer. En cela, on peut dire que cette grande transformation n’a pas été l’œuvre des seuls Jean Lesage, Robert Bourassa ou René Lévesque dont les noms enrichissent la toponymie.
D’ailleurs il serait aussi grand temps de rendre hommage aux cinq millions de Québécois et de Québécoises – c’était la population en 1962 – en donnant à une rue, un boulevard, une avenue ou une place le nom de cet épisode de notre histoire. Un boulevard de la Révolution tranquille à Montréal, Québec ou Rimouski, ça paraîtrait bien, non? Et cela nous réconcilierait avec nos années fastes.

À chacun de nos numéros, cette année, nous consacrerons un reportage à une réalisation issue des années 1960. Un exercice qui, loin d’être passéiste, se veut plutôt inspirant. Il nous rappellera que l’espoir d’un mieux-être, l’en­thou­siasme et l’au­dace sont de puissants moteurs pour relever n’im­porte quel défi et réaliser n’importe quel rêve. Comme celui qui nous a fait passer des années duplessistes aux années Internet. Une petite marche sur le boulevard de la Révolution tranquille vous en convaincrait.

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