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Édito

La conscience qu'il nous reste

15/02/2016
Bientôt, soit en mars, le grand match entre l’intelligence artificielle et l’intelligence humaine aura lieu. Par l’intermédiaire d’une planche de go – ce jeu d’origine chinoise qui permet plus de combinaisons qu’il y a d’atomes dans l’Univers1–, un ordinateur affrontera le meilleur joueur du monde, le Sud-Coréen Lee Sedol, réputé «intuitif».
Mais ça augure plutôt mal pour l’orgueil d’Homo sapiens. Déjà, la défaite du champion européen, Fan Hui, contre ce même ordinateur, l’automne dernier, laisse penser que le cerveau technologique vaincra le cerveau biologique.

Et si, un jour, ce n’était plus un jeu? Qu’arriverait-il si les ma­chi­nes intelligentes nous dominaient sur tous les plans? Puisqu’elles savent de mieux en mieux prendre des décisions en tenant compte de concepts de plus en plus complexes, sauront-elles remplacer un gestionnaire? Un décideur? Ou, même, un chef politique?

Peut-être que non; mais peut-être que oui, disent des chercheurs. Il reste que notre rapport à la machine est en train de changer du tout au tout et que cela n’est pas sans soulever de sérieux problèmes éthiques, comme vous le constaterez à la lecture de notre article «IA contre QI». Sans avoir nécessairement à craindre une dérive à la Frankenstein, il est cependant tout à fait pertinent de se demander en fonction de quelles valeurs éthiques ou morales seraient programmés ces robots. Vous faites confiance à l’empire GAFA2, vous?

Encore que ce n’est pas demain qu’une machine aura une conscience. Voilà de quoi nous rassurer. Si elle parvenait à imiter nos comportements et prendre des décisions, une machine n’arrivera peut-être jamais  à méditer comme un prêtre tibétain. Ou à rêvasser comme un enfant qui attend les grandes vacances. «On ne sait pas ce que c’est que la conscience; on n’en connaît pas les fondements. On n’est donc pas capable de créer une machine cons­ciente. Il faudrait qu'elle perçoive comme nous la douleur et le plaisir», fait  remarquer avec justesse Jean-Gabriel Ganascia3. Cela dit, s’ils n’ont pas de sentiments, les ordinateurs peuvent désormais les simuler et même influencer émotionnellement leurs interlocuteurs.

L’acquisition, il y a quelques années, par les centres d’hébergement Saint-Michel et Saint-Léonard, à Montréal, de deux blanchons-robots avait fait couler beaucoup d’encre. «C’est un exemple d’humanisation des soins», avait expliqué l’étrange mi­nistre de la Santé d’alors, Yves Bolduc. Mais, quatre ans plus tard, les bienfaits de leur présence restent incontestables pour les aînés atteints d’alzheimer. «Les robots leur rappellent les animaux qu’ils ont eus, étant jeunes, nous a expliqué un responsable. C’est comparable à la zoothérapie. Mais les machines sont disponibles 24 heures par jour et n’ont pas besoin de litière!»

Au fond, la question à se poser est peut-être la suivante: si un robot peut produire chez l’humain de l’empathie artificielle, n’est-ce pas notre relation aux autres humains qui est ici remise en question?


1 Du moins selon Demis Hassabis, directeur général de Deep Mind, l’entreprise qui a conçu le redoutable logiciel AlphaGo.
2 Acronyme utilisé maintenant pour désigner Google, Apple, Facebook et Amazon.
3 Chercheur en informatique et auteur de L’intelligence artificielle, Le cavalier bleu Éditions.

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