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Édito

La culture scientifique, qu'ossa donne ?

Par Marie Lambert-Chan - 02/01/2017
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Trop souvent négligée, la culture scientifique doit faire partie intégrante de la prochaine Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation.

À quoi sert-il de savoir que la Terre a été formée il y a 4,56 milliards d’années ? De comprendre les mécanismes des gaz à effet de serre ? De distinguer le virus de la bactérie ? De savoir ce qu’est un essai randomisé contrôlé ? De connaître les étapes de la démarche scientifique ? Autrement dit, à quoi sert-il de posséder une culture scientifique ?

À rien, répondront les tenants des solutions à courte vue. Ce savoir ne mettra certainement pas de beurre sur leurs épinards. Peut-être. Mais il permettra d’acheter des épinards biologiques ou non en toute connaissance de cause et de consommer du beurre sachant qu’il n’est pas aussi mauvais pour la santé qu’on le prétend.

Voilà à quoi sert la culture scientifique. À mieux appréhender le monde dans lequel on vit, à aiguiser son esprit critique, à cultiver sa curiosité et son sens de l’émerveillement, à ne pas céder aux sirènes des pseudosciences, à reconnaître des sources fiables, à prendre des décisions plus éclairées, à devenir un citoyen mieux outillé pour participer aux grands débats de société.

Au contraire, l’inculture scientifique crée un vide dangereux, rapidement comblé par des croyances de toutes sortes, depuis l’homéopathie jusqu’au créationnisme, en passant par l’anti-vaccination et le climato-scepticisme.

Bien qu’elle soit une arme redoutable pour lutter contre l’obscurantisme – chose qu’on devrait marteler en cette ère post-factuelle –, la culture scientifique reste le parent pauvre de la culture générale. Est-ce parce qu’on la tient pour acquise ?

Est-ce parce qu’on trouve difficile de lui coller une étiquette, elle qui semble relever à la fois du culturel, de la science et de l’éducation ? Est-ce tout simplement parce qu’on la néglige ? Rappelons que, en décembre 2014, le gouvernement provincial avait annoncé sans plus de cérémonie l’abolition de la subvention récurrente aux organismes de culture scientifique. Un geste qui aurait condamné à mort Les Débrouillards et Québec Science, entre autres, si ce n’avait été d’une levée de boucliers.

Le spectre d’une telle crise a ressurgi en novembre dernier lors du lancement de la consultation menée par le ministère de l’Économie, de la Science et de l’Innovation (MÉSI) pour élaborer la future Stratégie québécoise de la recherche et de l’innovation (SQRI), promise pour le printemps 2017. Nulle part on n’y mentionnait la culture scientifique. Les projecteurs étaient plutôt braqués sur la culture de l’innovation, une culture où les fruits de la recherche sont surtout prisés pour leurs retombées commerciales. Une vision pour le moins utilitaire et réductrice de la science.

Alarmés, plusieurs acteurs de la culture scientifique québécoise, dont Québec Science, se sont mobilisés pour faire entendre leur voix. Notre message : le Québec ne peut espérer construire une culture de l’innovation et favoriser l’émergence d’esprits innovants sans une forte culture scientifique. L’intérêt pour la science ne naît pas que dans les salles de classe. Il est nourri par des magazines, des livres, des expositions, des conférences, des documentaires, des activités grand public, des blogues, etc.

En la matière, le Québec possède de multiples ressources dont le travail est loué dans le reste de la Francophonie. Mais cette richesse demeure fragile, car tous les organismes qui y contribuent tirent le diable par la queue.

Avons-nous été entendus ? Il semble que oui. À la suite du lancement de la consultation, la ministre Dominique Anglade et des représentants du MÉSI ont assuré que la culture scientifique leur tenait à cœur. Cette préoccupation se matérialisera-t-elle dans la SQRI ? À suivre ce printemps...

 

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