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Édito

La facture

Par Raymond Lemieux - 19/09/2013
Les délinquants ont une chose en com­mun: ils reportent le coût de leurs méfaits sur le dos de tout le monde. Ainsi, les dégâts causés par le déraillement du train infernal à Lac-Mégantic, le 6 juillet dernier, vont coûter une fortune au Québec. Sûrement des centaines de millions de dollars. Sans compter les sé­quelles humaines et sociales, inestimables. Le comble, c’est que le gros de l’addition ne pourra certainement pas être honoré par le responsable.

On aurait pu croire qu’en adoptant le principe du pollueur-payeur, il y a plus de 40 ans, les pays riches regroupés au sein de l’OCDE avaient trouvé le moyen de responsabiliser les entreprises à l’égard de la protection de l’environnement. Mais le pollueur devait payer pour quoi? Et payer combien? Le plus ennuyeux, c’est que la valeur d’un écosystème ne peut être chiffrée qu’au moment d’un accident. Ainsi, elle ne peut se calculer que sur la base des coûts d’une remise en état des lieux. Dans cet esprit, aussi absurde que cela puisse paraître, un accident génère toujours des retombées économiques. En particulier pour l’industrie de la dépollution.

Mais comment comptabiliser les dégâts quand on fait face à une catastrophe surdimensionnée? Quand le coût de la réparation environnementale risque de dépasser les capacités de payer du pollueur? On l’a vu au Japon où on n’a pas encore fini de mesurer l’étendue des dommages causés par l’accident nucléaire de Fukushima, survenu le 11 mars 2011.

On comprend que le concept du pollueur-payeur atteint aujourd’hui ses limites. Et il nous faudra bien trouver le moyen de barrer la route à des entreprises qui ne démontrent aucun souci du bien commun. À ces compagnies qui ont encore une mentalité du XIXe siècle et qui considèrent l’eau, l’air et le sol comme de vulgaires «externalités négatives» – l’expression empruntée aux économistes pour désigner les coûts sociaux et qui fait tristement penser aux «dommages collatéraux» de la langue de bois militaire.

Ensuite – et espérons que le drame du 6 juillet nous le rappellera longtemps –, il nous faudra intégrer la culture de la sécurité collective dans notre activité économique. On est encore loin de cet idéal. Fin août, dans un rapport, le Sénat canadien a fait part de ses inquiétudes touchant la désuétude et la dangerosité des équipements de transport ferroviaire, comme les fameux wagons-citernes DOT111, ceux-là mêmes qui se sont éventrés en ratant un virage sur des rails mal entretenus à Lac-Mégantic. Pourtant, la même semaine, la désormais fameuse Montreal Maine & Atlantic Railway a re­trou­vé son «certificat d’aptitude ferroviaire» lui permettant de transporter des marchandises coast to coast. Il lui a suffi de payer une franchise d’assurance de 250 000 $. Le prix d’un petit condo à Montréal ou à Québec. Est-ce là un montant suffisant pour donner droit à la négligence?
À suivre une telle logique, on se retrouvera toujours à faire (et à payer cher) le ménage.




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