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Édito

La science contre le mal

Par Raymond Lemieux - 28/03/2016

Paris, Bruxelles, New York, Ouagadougou, Tunis, Bagdad, Istanbul... Les mercenaires de l’invisible et de la lâcheté frappent partout, n’impor­te quand, sans avertissement.

Certes, c’est Alfred Nobel qui a inventé la dynamite, Mikhaïl Kalachnikov qui a développé le redoutable fusil d’assaut et de véreux chimistes qui ont mis au point le Captagon, une drogue adoptée par les combattants fous en Syrie. La science serait complice des forces du mal? Peut-être. Mais ce pourrait aussi être le contraire.
Forte de l’espoir qu’elle porte, cohérente par la compréhension du monde qu’elle offre, la science peut mener une bataille contre la culture du mal. C’est ce que pensent plusieurs chercheurs français, choqués par les attentats de Paris, en novembre dernier, qui se sont engagés dans une association appelée Les étoiles brillent pour tous, dont Hubert Reeves est le parrain.

Ces scientifiques ont compris que, si les prêches obscurantistes des recruteurs de chair à canon ont trouvé un terreau fertile, c’est bien dans le désert de l’ignorance et dans les milieux où se concentrent les exclus de la société civile. C’est à la rencontre de ces «publics empêchés» qu’ils se portent.

«Nous leur permettons de s’extraire de leur milieu, de rompre leur solitude, d’ouvrir leurs esprits et surtout de réfléchir et de rêver en exacerbant leur curiosité; ils prennent conscience qu’il existe un monde, voire un univers, au-delà des quatre murs de leur cellule, de leur chambre ou de leur cité. C’est enfin l’opportunité, en discutant de grands sujets sociétaux actuels, comme l’évolution du climat, de leur rappeler leur rôle de citoyens dans une cité qui souvent les abandonne, les stigmatise, les marginalise, ou les renie», écrivent les astrophysiciens Didier Barret, Bernard Dupré, Thierry Contini, membres de l’Association, dans un manifeste récemment paru dans le magazine Ciel et espace.

«Une société qui exclut et stigmatise ne peut conduire qu’à la montée des extrémismes et, dans les pires cas, à la violence et au terrorisme. Permettre à tous, en particulier aux plus vulnérables d’entre nous, d’accéder à l’éducation et à la culture scientifique doit être une absolue priorité d’une démocratie en danger», poursuivent-ils.

On comprend aussi que la culture scientifique, ça ne sert pas qu’à former une relève utile au marché du travail et à faire rouler l’économie. «Lutter contre les formes d’exclusion en rendant la culture scientifique accessible à tous par des initiatives de terrain, au plus près des exclus, c’est promouvoir l’égalité et contribuer à plus de justice dans notre société», disent les chercheurs.

L’initiative de l’association Les étoiles brillent pour tous n’est pas sans rappeler l’extraordinaire travail abattu depuis 1990 par les Souverains anonymes, une émission radiophonique devenue une production web télé réalisée à partir de la prison de Bordeaux, à Montréal. Des scientifiques connus comme l’éthicien René Villemure, le toxicologue Jacques Mabit, l’astrophysicien Hubert Reeves, ou les regrettés Bernard Arcand, l’anthropologue, et Albert Jacquard, le généticien, y ont déjà contribué.

Efficace? «La qualité d’écoute et d’é­chan­ge que nous rencontrons devant les publics empêchés est très souvent supérieure à celle des publics ordinaires», témoignent les instigateurs de l’Association.

Incroyable force d’inspiration, d’éducation et – pourquoi pas? – de réinsertion sociale, la science a tout ce qu’il faut pour ouvrir les esprits et les horizons. Peut-être faudrait-il songer à octroyer un prix Nobel de la paix à tous ceux et celles qui contribuent à l’extraordinaire aventure de la communication scientifique. N’est-ce pas, Alfred?

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