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Édito

Le niqab et les valises

Par Raymond Lemieux - 19/10/2015
Dommage que nos leaders se soient laissé piéger par la mode des messages clips. Le débat sur le port du niqab lors d’une cérémonie de citoyenneté a-t-il valu celui – qui n’a pas eu lieu – sur le bâillonnement des scientifiques fédéraux? Les discussions touchant une intervention militaire en Syrie auraient-elles dû supplanter celles traitant des enjeux énergétiques? Le prix d’un contenant de jus d’orange à Iqaluit a-t-il constitué un enjeu national aussi grave que les changements climatiques? Chose certaine, la partie qu’ont disputée les aspirants au pouvoir à Ottawa en aura laissé plusieurs sur leur faim.

Nous avions pourtant 78 jours pour parler politique. Cette campagne, la plus longue de l’histoire du Canada après celle de 1872, aurait pu donner le temps de trier, d’élargir et d’approfondir les enjeux trop souvent traités de façon superficielle. Mais les échanges espérés se sont résumés à une suite de phrases répétées, soumises ensuite au jeu du «qui dit vrai» ou de l’«autopeluredebananisme». Des messages formatés pour séduire les électeurs, comme si on leur avait attribué le quotient intellectuel d’une valise.

À quelques semaines de la Conférence sur le climat, il y avait notamment tout lieu de se pencher sérieusement sur notre avenir énergétique et sur celui de nos ressources naturelles. Cela aurait été la moindre des choses, quand on sait que le Canada est le cinquième plus grand producteur de pétrole et de gaz naturel de la planète, et le troisième plus important producteur d’hydroélectricité. Quand on sait aussi que la consommation énergétique laisse une empreinte environnementale très marquée.

Qu’est-ce qu’on en a dit officiellement? «Nous continuons à soutenir l’exploration pour des combustibles fossiles, la construction de pipelines, l’efficacité des transports et l’amélioration des usines pour augmenter l’efficacité de la conversion énergétique et réduire les émissions de polluants et de gaz à effet de serre», indiquait le Parti conservateur. «Ensemble, nous avons l’occasion de positionner l’Amérique du Nord en vue d’un avenir énergétique plus propre», clamait le Parti libéral. «Comme premier ministre, Tom stimulera la production d’énergies renouvelables et abaissera les émissions de gaz à effet de serre. Il fera payer les gros pollueurs», affirmait le Nouveau parti démocratique. Comment donc soutenir un échange édifiant en servant de pareilles inepties?

Et s’il n’y avait que ça! On a pris connaissance, fin septembre, des statistiques alarmantes touchant les ressources piscicoles de la planète. Une dévastation en marche qui affectera la sécurité alimentaire de nombreux pays. Quel est donc l’état de nos stocks de poissons, considérant que le littoral du Canada est baigné par trois océans? Ah, c’est vrai! les scientifiques ne peuvent plus en parler! Le saumon, le capelan ou la morue ne font sans doute pas le poids avec le bœuf de l’Ouest, Angus AAA!

Une longue campagne aurait pu nous offrir un moment privilégié de réflexion et de brassage d’idées. Peut-être cela aurait-il enfin permis d’entrer dans une autre dimension de la politique; avec – qui sait? – plus de science.

Un gouvernement bien élu est certainement un gouvernement qui peut mieux gouverner.

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