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Édito

Les animaux de la discorde

Par Marie Lambert-Chan - 27/10/2016
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En septembre dernier, des médias australiens rapportaient que des chercheurs de l’université Monash et de l’hôpital Alfred, à Melbourne, ont testé de nouvelles techniques visant à améliorer la transplantation des cœurs prélevés après un décès cardiocirculatoire. Le hic ? L’expérience a été effectuée sur des lévriers anglais.

Comme à l’accoutumée, lorsqu’il est question d’animaux de laboratoire, les activistes ont critiqué le travail des scientifiques le qualifiant de « choquant » et d’« inutilement cruel ». Adoptant le ton des militants, les journalistes en ont ajouté une couche en employant les mots « horrible » et « macabre ». Un langage qui frappe l’imagination du public, de plus en plus acquis à la cause des droits des animaux.

Soyons clairs, personne n’aime faire souffrir les animaux. Surtout pas les chercheurs. Le recours aux animaux de laboratoire est d’ailleurs strictement encadré par des normes éthiques respectant le concept des 3 R : le remplacement, la réduction et le raffinement. Des substantifs moins accrocheurs que ceux des animalistes et qui signifient essentiellement que les chercheurs font tout en leur pouvoir pour trouver d’autres méthodes d’expérimentation, diminuer le nombre d’animaux utilisés et mettre au point des procédures moins douloureuses. Voilà des principes qui, faute de mieux, tentent de protéger le bien-être animal.

Car quoi qu’en disent les PETA et les Humane Society de ce monde, les modèles animaux sont pour le moment irremplaçables dans certains types d’expériences. Aucune modélisation informatique, aucune culture cellulaire, aucune étude post mortem ne peuvent recréer la complexité du corps humain. Cela ne veut pas dire qu’on n’y parviendra pas un jour. Partout sur la planète, des chercheurs se creusent les méninges pour dénicher des solutions. Par exemple, une équipe de neuroscientifiques états-uniens a annoncé plus tôt cette année avoir conçu des mini-cerveaux à partir de cellules souches pluripotentes (c'est ce qu'on retrouve sur la photo au haut de ce texte). Les progrès sont indéniables, mais ils ne sont pas suffisants.

Selon les groupes de défense des animaux, les expérimentations sur les chiens, les souris, les singes et autres bêtes sont aussi ignobles que la chasse aux éléphants, l’exploitation des mammifères marins dans les parcs aquatiques, les usines à chiots et les spectacles de tauromachie. Peut-on vraiment comparer ces pratiques à des recherches qui ont permis le développement du vaccin contre la polio, des antirétroviraux et de quantité d’antibiotiques, d’anesthésiants et d’anticoagulants, pour ne nommer que ceux-là ?

Les militants répliquent que cela ne justifie pas le sacrifice de millions d’animaux sur l’autel de la santé humaine. Mais sachant qu’il n’existe pas de meilleures options à l’heure actuelle, que préféreraient-ils ? Qu’on attende le développement de méthodes « moralement acceptables » ? Qu’on fasse des essais précliniques sur les humains ou, pire, qu’on ne fasse rien du tout ? Aurait-il donc fallu prendre notre mal en patience pendant l’épidémie d’Ebola afin d’épargner les singes auxquels on injectait un vaccin expérimental ? Désire-t-on vraiment revivre l’épisode tragique de l’« élixir de sulfanilamide » ? Mélangé à de l’éthylène glycol (de l’antigel), ce médicament a tué une centaine de personnes aux États-Unis dans les années 1930 parce qu’on avait omis d’effectuer des tests d’innocuité sur les animaux – chose qui a été rendue obligatoire par la suite.

Qu’on le veuille ou non, le recours aux animaux de laboratoire reste un mal nécessaire.

Photo: Thomas Hartung /John Hopkins 

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