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Édito

Place à la neurodiversité!

Par Raymond Lemieux - 31/03/2015
Relégués pendant longtemps dans la catégorie des problèmes mentaux, les cas d’autisme sont maintenant inscrits, dans le fameux DSM-5 – le manuel de référence en psychiatrie –, à l’enseigne des TSA, c’est-à-dire des troubles du spectre de l’autisme. Le mot «spectre» sonne étrangement dans ce contexte. Comme s’il laissait entendre que les personnes affectées par l’autisme sont en quelque sorte des fantômes sociaux!

Il reste que l’augmentation spectaculaire des cas d’autisme force une réflexion inédite. Les autistes ne sont pas des malades. Simplement, ils ne réagissent pas comme nous, les neurotypiques. Ils ne pensent pas com­me nous. Et quelle place leur réserve-t-on en société? La mar­ge, le plus souvent. (lire notre dossier spécial)

C’est cette marginalisation que dénoncent, depuis quelques années, plusieurs autistes militants montés au créneau, qui, du même souffle, font valoir l’intelligence particulière les caractérisant. À l’instar des écologistes qui parlent de biodiversité, eux parlent désormais de neurodiversité.
L’Américain Jim Sinclair est l’un de ces activistes pour la défense de la neurodiversité. En 1993, à Toronto, cet autiste devenu aujourd’hui célèbre a prononcé un discours, à l’adresse des parents, qui fait encore jaser. Il racontait: «Vous essayez d’entrer en contact avec votre enfant et l’enfant ne réagit pas. Il ne vous voit pas; vous ne pouvez pas l’atteindre; il n’y a rien qui passe. C’est la chose la plus dure à supporter, n’est-ce pas?
«Sauf que ce n’est pas vrai.
«Reconsidérez cela: vous essayez d’en­trer en contact de parent à enfant, et vous utilisez pour cela votre propre compréhension des enfants normaux et vos propres sentiments sur la parentalité. […] Cela signifie seulement que vous adoptez un système commun, une compréhension commune de signes et de significations que, dans les faits, votre enfant ne partage pas. Comme si vous tentiez d’avoir une conversation amicale avec quelqu’un qui ne comprend pas votre langue.»
Ainsi, éduquer un enfant autiste ne peut pas être simple. Pour les parents, c’est un véritable et très lourd défi. Pis encore, il faut considérer que se posera par la suite un autre problème, qui pourrait peser sur tout le reste de la vie d’un individu autiste: son intégration à la société.

Heureusement, plusieurs autistes sont parfaitement à l’aise dans l’environnement informatique ainsi que dans le monde virtuel, et le marché du travail fait preuve maintenant d'ouverture à leur endroit. Des centres d’em­ploi pour autistes ont été mis sur pied un peu partout dans le monde. Un groupe comme Action main-d’œuvre à Montréal, par exem­ple, vise l’insertion des autistes sur le marché du travail.
Si les entreprises gagnent à miser sur leur intelligence particulière, il y a une contrepartie qu’un responsable des ressources humaines de n’importe quelle boîte va devoir considérer. Bien qu’ils soient rigoureux, loyaux et créatifs, comme le disait aussi Jim Sinclair, les autistes ne sont pas trop habiles en matière de relations sociales et ils sont incapables de mentir ou d’user de diplomatie dans leurs échanges. Un patron se trompe? Ils le soulignent devant tout le monde en réunion. On comprend que cela puisse provoquer quelques malaises dans des milieux de travail fragiles…

Certes, notre monde n’est pas encore adapté à la neurodiversité, mais on devine déjà les atouts que cela peut représenter.
Et, surtout, elle nous donnerait une sacrée belle occasion de repenser en profondeur la nature humaine.

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