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Édito

Scandales et merveilles!

Par Raymond Lemieux - 25/07/2013
«Nous sommes en terrain glissant», avertit le biologiste Cyrille Barrette. Réunis, en avril dernier dans une salle du Biodôme de Montréal avec un groupe d’experts – parmi les meilleurs au Québec pour parler de l’évolution –, nous étions en train de planifier le contenu de notre dossier «Sexe, moteur de l’évolution». Rien, à nos yeux de journalistes et de scientifiques, ne semblait a priori heurter la morale. Il n’empêche... «Tout comme le mot “race”, le mot “sexe” est trop chargé», nous a rappelé M. Barrette (lire son entrevue à la page 46). «Si on parle de la biologie du foie ou de la circulation sanguine, personne ne s’en offusque. Mais dès qu’il est question de la biologie de la reproduction humaine ou des différences sexuelles, les réactions fusent», dit-il. Ah!

De fait, il y a 50 ans, un numéro comme celui que vous tenez entre vos mains n’aurait pas été possible. Il aurait été mis à l’index ou censuré. Il se serait buté à la morale ambiante qui enveloppait d’un voile et d’une pudeur obscurantistes l’étude des comportements sexuels, même s’il n’était question que d’animaux ou d’insectes, voire de plantes! Oser aborder ce sujet ou seulement en faire état tenait du scandale ou du mauvais goût.

Au XVIIIe siècle, le naturaliste Carl von Linné avait osé classifier les végétaux selon leur manière de se reproduire en glorifiant les «noces» végétales (et en comparant la fleur de fuchsia à «huit hommes et une femme dans la même chambre nuptiale»). N’a-t-il pas alors été accusé de franchir les limites de la décence? Comme Darwin, un peu plus tard.

Aujourd’hui, heureusement, beaucoup des tabous ont volé en éclats, laissant le champ libre à la biologie évolutive et à la science du comportement animal. Et que nous apprennent-elles maintenant? L’extraordinaire diversité des stratégies mises au point par les espèces pour se reproduire!

On ne se lasse pas – voyeurs que nous sommes – de découvrir les frasques, les parades et les jeux sexuels des bonobos, des balanes, des zèbres ou des cicindèles (et de s’en amuser). Et grâce aux techniques de séquençage génétique et aux safaris savants menés dans toutes les jungles et toutes les mers de la planète, on peut en redemander!

Avec une estimation de 120 millions de rapports sexuels se déroulant dans le monde chaque jour, Homo sapiens est la seule espèce à distinguer la reproduction de l’activité sexuelle (par exemple, en proposant la contraception). Résultat, ces dernières années, une révolution sans précédent a bouleversé les mœurs humaines. Aura-t-elle, en plus, contribué à redéfinir des identités sexuelles et forcé la reconfiguration du noyau social, c’est-à-dire la famille traditionnelle? Sans doute.
Comme si cela n’était pas suffisant, de nouvelles technologies de reproduction, de plus en plus utilisées, pourraient en bout de ligne «artificialiser» la gestation, au point que le sexe finisse par devenir superfétatoire afin de perpétuer l’espèce. Pour un peu, on craindrait que se réalise Le meilleur des mondes, la fiction proposée par Aldous Huxley en 1932.

Soulignons-le, Homo sapiens est surtout la seule bête à réfléchir sur le sexe, sur ses ramifications psychologiques, sur les sentiments et les émotions qu’il déclenche, ainsi que sur sa finalité. Ce questionnement va teinter pour longtemps encore les débats autour de l’identité sexuelle et de la reproduction.

Bref, la révolution sexuelle n’est pas terminée. Parce que nous ne sommes pas que des animaux.
Aussi avons-nous choisi d’aborder ce dossier (fortement réactogène!) sur le sexe avec cette saine et respectueuse curiosité envers la nature qui a permis à la science, depuis toujours, de libérer les esprits en les plongeant dans l’émerveillement!

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