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Édito

Sortir de l'austérité

Par Raymond Lemieux - 18/02/2015
L’économie est le système nerveux du monde. Elle a des humeurs, des douleurs, des crises et des moments heureux (comme une bonne croissance, selon nos indicateurs). Mais peut-on vraiment en faire une science? Le paramètre «humain» et sa gamme d’émotions – cupidité, prudence ou audace – a un effet certain dans le jeu de l’offre et de la demande, dans la décision d’investir ou pas, ou dans la loi du marché. Cela ne se mesure pas comme la quantité de CO2 dans l’atmosphère ou la distance entre la Terre et une planète extrasolaire. Alors, les projections économiques, aussi réfléchies soient-elles, peuvent-elles être fia­bles? Si oui, dans quelle mesure? Sinon, comment les décisions politiques qui en découlent peuvent-elles être bonnes?

Comme on nous le ressasse depuis des années, une économie saine implique une gestion responsable. Pour l’heure, cela signifie «déficit zéro» pour les gouvernements, «pas trop de dettes» pour les ménages, et un minimum de rentabilité – donc de profits – pour les entreprises. Pas besoin de connaître les théories de John Maynard Keynes, d’Adam Smith ou de Karl Marx pour le comprendre! Pourtant, l’économie comporte sa part d’imprévisible et de réflexes humains et ça, c’est plus compliqué. Gérer l’imprévisible, qui peut réussir cela? Qui accepterait d’écouter un conseiller ou un ministre des Finances qui admettrait être en proie au doute? On pourrait en parler aux Grecs, aux Argentins et aux Islandais!

Conséquemment, on planifie. Et pour se rassurer, on écoute et on lit avec assiduité les analyses des quelques rares et brillants vulgarisateurs en économie que sont les Francis Vailles à La Presse, Gérald Fillion à Radio-Canada ou Pierre Fortin dans L’actualité.

Mais pour le reste, il faut faire con­fiance. C’est ainsi que l’on choisit de con­tracter une hypothèque pour 25 ans, d’opter pour des REER ou bien de s’offrir la piscine, le chalet ou le voyage rêvés, malgré les crises boursières récurrentes, les fluctuations des taux de change et le risque d’augmentation des taux d’intérêt.


N’empêche que le contexte économique est une bête plus capricieuse qu’un lièvre et elle peut faire foirer en un rien de temps les plus beaux projets d’avenir.
Cependant, à l’échelle d’une société, peut-on se contenter de décisions économiques pruden­tes? Il n’y a pas de lois de la physique pour le prouver, mais tous les Bombardier, les Hydro-Québec et les Cirque du Soleil sont là pour nous rappeler que, sans audace, il n’y a ni innovation ni enrichissement. Et que cela implique une dynamique de confiance: il n’y a pas que les marchés à rassurer pour relancer l’économie, il y a aussi les contribuables.

L’idée qu’avait introduite Daniel Kahneman, prix Nobel d’économie en 2002, c’est que l’émotion est un facteur déterminant dans une dynamique économique*. On est frileux; on ne fait rien? Alors le cercle vicieux s’enclenche, et le fameux moteur économique, à défaut de carburant, s’épuise. Une idée neuve, un certain culot, un projet solide qui inspire confiance? C’est tout le contraire qui survient.
On est donc en droit de se demander – en toute rationalité – si le choix de l’austérité et de la rigueur qu’elle implique est bien compatible avec le développement économique.

* On ne fera pas de cachotteries, l’économiste Daniel Kahneman est aussi psychologue.

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