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Édito

Un monde sans fin?

23/11/2012
On n’a plus les fins du monde qu’on avait! À moins d’être un néo-punk fataliste ou d’appartenir à une secte religieuse apocalyptique, on peine à croire tous ces scénarios de destruction massive. Pourtant, le monde est bien fragile.

Dieu MayaOn n’a plus peur de la fin du monde. La prophétie maya qui donne le 21 décembre 2012 comme date ultime de l’épopée humaine vaut ce qu’elle vaut: un calcul mathématique sans conséquence; une curiosité historique que les Mexicains ont eu l’habileté d’exploiter au bénéfice de leur industrie touristique. Le lendemain, 22 décembre, l’hiver sera installé. Comme chaque année, il nous restera les achats à compléter, le sapin de Noël à décorer et le réveillon à préparer. Joyeuse apocalypse!

Jadis, la perspective d’un anéantissement général n’amusait personne. Peste, famine, déluge, retour des morts, méga-tremblement de terre, etc., la menace de ces châtiments divins suscitait de terribles angoisses. Bien sûr, une pincée de déraison pimentait ces scénarios catastrophes, surtout lorsque, par hasard, ils coïncidaient avec des années formant un chiffre rond ou avec le passage d’une comète.

Cependant, ils avaient bel et bien un sens dans des cultures qui cherchaient à comprendre leurs origines et leur destin. Plus près de nous, au XXe siècle, c’est l’invasion d’extra­terrestres et la guerre nucléaire qui auront tenu le monde en haleine. Autre siècle, autres frayeurs.

«Et nous voyons maintenant que l’abîme de l’histoire est assez grand pour tout le monde. Nous sentons qu’une civilisation a la même fragilité qu’une vie», notait le poète français Paul Valéry. Cette citation devrait être reproduite en caractères gras sur tous nos calendriers.

Aurait-on aujourd’hui refoulé l’angoisse que peut nous inspirer la précarité des choses? Sommes-nous las de nous faire rebattre les oreilles avec la fragilité du monde? En soulignant l’exotisme de certaines civilisations aujourd’hui disparues, les rend-on étrangères à notre histoire?

Dans un livre à succès publié il y a quelques années1, le biologiste Jared Diamond considérait qu’il fallait nuancer tout cela. Non, il n’y aura pas de fin du monde au sens où l’entendent certains prophètes du nouvel âge. Sauf que, oui, il y a des facteurs qui caractérisent une société en déclin, tels que Diamond les a remarqués dans l’empire maya, la Grèce mycénienne, le pays khmer ou la société viking. Ces facteurs tiennent pour l’essentiel à des problèmes environnementaux mal compris, à d’incessantes rivalités militaires, à des institutions inadaptées ou encore au déclin d’un allié.

Nous n’en sommes pas là, se dit-on. Un réflexe tout à fait nor­mal dans nos sociétés animées par l’idée de progrès: ne trouve-t-on pas aujourd’hui une solution à tout? Ce n’est plus «Après moi le déluge!», mais plutôt «Après moi, la reconstruction!» Est-ce là notre nouvelle religion? La pensée magi­que d’un monde qui a fait de la notion même de croissance sa valeur refuge?

C’est dans un tel état d’esprit que l’ancien président états-unien George W. Bush avait refusé de ratifier le protocole de Kyoto, prétextant que les progrès technologiques allaient mieux régler le problème qu’un traité international. Un déni sous forme d’optimisme serait-il plus dangereux que l’anxiété de nos ancêtres?

Les Mayas ont eu beau faire tous les sacrifices humains pour honorer leur dieu Kinich Ahau, dont dépendait la succession du temps, rien n’y fit. Leur société a implosé avant même la date fatidique qu’ils avaient calculée avec tant de précision. Ironie? Oui, mais ils croyaient que la Terre était plate.

1 L’effondrement, Jared Diamond, Éditions Gallimard, 2008.

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