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Édito

Un travail inachevé

Par Raymond Lemieux - 18/09/2014
«Les êtres humains, tels que nous les connaissons aujourd’hui, sont le résultat d’espèces animales ayant existé dans le pas­sé.» Vrai? Faux? Les trois quarts des Canadiens s’accordent à cocher Vrai, contre 47% des États-Uniens et 44 % des Russes. Pas mal pour un pays qui avait encore, il n’y a pas si longtemps, un ministre des Sciences réfractaire à la théorie de l’évolution.

C’est avec ce genre de questions – et de réponses – que le Conseil des académies du Canada a établi le degré de «littératie scientifique» des Canadiens. Résultat, constate-t-il dans un imposant rapport déposé il y a quelques semaines, nos concitoyens, coast to coast, seraient plus ouverts à la science que les habitants de quantité d’autres pays.

Le Conseil s’appuie sur un sondage mené en avril 2013 auprès de 2 004 personnes, dans lequel près de 93% des répondants se disent intéressés par les nouvelles découvertes scientifiques et les avancées technologiques (médaille d’or!, c’est le meilleur score parmi les 33 pays où on conduit de telles enquêtes). De plus, les Canadiens sont ceux qui auraient le moins de réserves à l’égard de la science (deuxième médaille d’or!).

On applaudit! Mais un doute – tout scientifique – ne manque pas de surgir à la lecture de si beaux résultats. Pouvons-nous vraiment nous considérer comme plus branchés, côté science, que les Japonais, les Allemands ou les Suédois?
Le Conseil semble lui-même manifester une certaine réserve, puisqu’il a introduit dans son analyse le concept inédit d’«auto-rabat-jovialisme». «Malgré le bon classement obtenu par le Canada à l’échelle internationale, écrit-il, plus de la moitié des Canadiens ne possèdent pas le niveau de compréhension des notions élémentaires requis pour saisir le sens des grands débats publics sur les questions scientifiques. Le comité d’experts a constaté que 54% des Canadiens sont incapables d’expliquer ce que cela signifie que d’étudier quelque chose de manière scientifique.» Un bémol plutôt discordant dans l’hymne à la fierté nationale.

Le Conseil prétend que cette lacune reflète un travail inachevé de communication et d’éducation. Pis, que, en matière de culture scientifique, dans un Canada premier de classe se cacherait un Québec cancre. C’est le sondage qui le dit, puis­que  son échantillonnage est suffisant, affirme le Conseil, «pour permettre un examen désagrégé des résultats à l’échelon régional». Or, le Québec, réduit à un échelon régional, se retrouve bon dernier. C’est le Manitoba et la Saskatchewan qui obtiennent les meilleurs scores. Explication du Conseil? Pas d’explication!
Ce n’est évidemment pas un sondage qui nous indiquerait des solutions pour améliorer la culture scientifique. Malheureusement, avec des tirades semblables, ce rapport éclipse quelques analyses pertinentes.

«Il serait déraisonnable de s’attendre à ce que tous les membres d’une société avertie du point de vue scientifique deviennent des “microscientifiques”», y lit-on par exemple. De ce fait, le Conseil considère que l’on ne peut pas miser exclusivement sur le système éducatif. «[Ce dernier] ne peut apporter à l’individu tout le savoir scientifique dont il aura besoin au cours de sa vie en tant que citoyen d’une société moderne et technologiquement avancée. Cela fait ressortir le besoin d’offrir aux adultes des possibilités complémentaires de recherche d’information sur des enjeux et sujets scientifiques pendant toute leur vie.» Le Conseil insiste pour que la science constitue une démarche inclusive et adaptée à toutes les caractéristiques sociales et culturelles (les jeunes, les aînés, les Autochtones, etc.).

Alors, on commence par quoi? Par les Québécois?
Vous pouvez consulter le document sur le site du Conseil des académies canadiennes: sciencepourlepublic.ca.



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