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Édito

Voici venir les cyber-patenteux!

Par Raymond Lemieux - 17/02/2014

On a toujours eu une admiration pour les «patenteux». Ceux-là qui, dans l’ombre de leur hangar ou de leur garage, bricolaient l’un ou l’autre prototype à nul autre pareil – depuis le ski-doo jusqu’au biberon, en passant par le bas-culotte –, véritable chef-d’œuvre de talent et de dé­brouillardise.

Ils étaient marginaux, dans une société résolument tournée vers la production usinée, depuis que, en 1914 – il y a tout juste 100 ans, cette année –, Henry Ford a perfectionné ce qui allait transformer l’économie de la planète: le travail à la chaîne. Dans une de ses usines, à Detroit, l’homme d’affaires avait organisé sur ce modèle la fabrication de ses célèbres Ford T. Résultat, une réduction sensible du coût de production de ses automo­biles. Acheter un véhicule devenait alors à la portée de la classe moyenne. À l’époque, mis à part peut-être quelques visionnaires, personne n’imaginait à quel point la démocratisation de ce moyen de transport privé allait changer nos vies, comme individus, comme citoyens et comme consommateurs.

Mais revenons à nos patenteux. Non seulement, ces gens exceptionnels inventaient, mais ils savaient aussi rafistoler n’importe quoi: objets d’usage courant, appareils ménagers, moteurs de tous genres et tutti quanti! Rien ne se perdait; tout se créait. Ou se réparait. Ils étaient des récupérateurs hors pair, bien avant l’heure de l’écologie et du recyclage! Si l’ère du prêt-à-jeter a entamé leur prestige, ces maîtres de la débrouille ont continué à bricoler des objets introuvables. On a bien cru qu’ils étaient en voie de disparition... mais voilà que sonne l’heure de leur revanche.

Car ces patenteux ont une relève qui n’a rien de commun avec les clients d’Ikea. Leurs émules ont mis un pied dans le futur en investissant le monde de l’impression 3D.

Bien que l’on connaisse ce procédé depuis quelques années, l’amélioration des imprimantes, et surtout l’usage qu’elles pourraient faire des nanomatériaux, leur donne une perspective de développement inouïe. S’il faut être devin pour bien mesurer la portée de cette technologie, les cyber-patenteux savent déjà en exploiter le potentiel en manipulant avec autant de créativité les vis et les marteaux que les lasers et les logiciels. Ils prépareraient rien de moins qu’une troisième révolution industrielle.

Certains joignent la grande industrie et modèlent des pièces de réacteurs pour le domaine de l’aéronautique. D’autres travaillent pour des organismes humanitaires en mettant au point, notamment, des prothèses individuelles pour les malheureuses victimes de mines antipersonnel. D’autres encore se regroupent en fab labs*, des ateliers communautaires du genre «un pour tous, tous pour un», où chacun conçoit ses propres projets dont les plans, diffusés sur Internet, sont librement accessibles.

Une révolution? N’y va-t-on pas un peu fort de café? En tout cas, les néo-patenteux de l’impression 3D démontrent la désuétude de la production en série. Ils ouvrent d’im­menses possibilités de création d’objets qui coûteraient autrement une fortune à produire en un nombre restreint d’exemplaires. Et ils s’épargnent les interminables et onéreux processus de brevetage.

Ce n’est pas tout. L’usage de ce genre de technique est appelé à se répandre. On peut même anticiper que, à moyen terme, l’imprimante 3D «fera partie des meubles» de plusieurs familles, histoire pour elles de réaliser à domicile les objets répondant à leurs besoins. Les commerces, réels ou virtuels, se contenteraient alors de fournir l’application devant être lue par l’imprimante, laquelle moulerait ensuite lesdits objets. L’ère du iBricole est commencée.

*Il n’y a pour le moment qu’un seul fab lab à Montréal et trois dans l’ensemble du Canada. Le mouvement, démarré au Massachusetts Institute of Technology, a pris une ampleur bien plus grande dans de nombreux autres pays. On en compte déjà près de deux cents dans le monde. L’article que nous vous proposons en page 22 vous explique la philosophie qui sous-tend ce phénomène.

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