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Édito

Égologie!

Par Raymond Lemieux - 22/05/2013
«We are the world», chantions-nous avec Michael Jackson, Tina Turner, Bruce Springsteen, Bob Dylan. «We are the world», parce des millions de personnes allaient mourir de faim et de soif en Éthiopie. C’était en 1985; la chanson relayait un SOS pour alerter l’opinion publique sur un drame qui, malheureusement, s’est ensuite répété au Darfour et au Sahel. Ces famines sont toutes des tragédies écologiques. Elles suivent habituellement de grandes sécheresses qui épuisent les paysages, les écosystèmes fragiles et les agricultures locales.

Quelques années plus tard, au Sommet de la Terre, tenu à Rio de Janeiro au Brésil, en 1992, tous les pays ont convenu que la désertification et la dégradation des terres étaient deux des défis environnementaux de l’humanité. «We are the world.» On connaissait la chanson; il fallait agir. Les discussions ont ainsi abouti à une entente qui a rallié tout le monde (mieux que le Protocole de Kyoto sur les changements climatiques ou le Traité sur la biodiversité). Cet accord, entériné par les 193 pays, s’avère d’ailleurs le seul instrument ayant force d’obligation pour s’attaquer au problème de la dégradation des terres arides.

Mais voilà, contre toute attente, le Canada s’est retiré de ce consensus. Il est maintenant le seul État sur Terre qui n’endosse pas les principes de cette convention. Absurde?

La désertification représente une sorte de catastrophe naturelle à long terme. Rien à voir avec un tsunami ou un séisme. Même l’ancienne ministre fédérale responsable de l’Agence de coopération et de développement international (ACDI), la conservatrice Josée Verner, a reconnu, il y a quelques années, que «l’avenir de la Terre dépend de la lutte contre la désertification, essentielle pour répondre aux enjeux de développement durable».

Les chercheurs attachés aux Nations unies estiment que ce problème est amplifié par le réchauffement climatique. On peut retenir que, en 2003, une augmentation de 3,6 °C de la température moyenne de la planète a fait chuter les rendements agricoles de 30% pour le maïs, de 21% pour le blé et de 25% pour les fruits.

Les statisticiens peuvent aligner une pléiade de chiffres pour argumenter en faveur de la pertinence des initiatives de lutte contre la désertification, contre cette mort de la Terre qui fait perdre, chaque année, près de 5% de la valeur de la production agricole mondiale, soit l’équivalent de 450 milliards de dollars. Dans un contexte où près de 870 millions de personnes souffrent de la faim, cela tient de l’écocide. N’est-ce pas assez pour se convaincre de faire plus qu’une chanson?

Surtout que la désertification n’a rien d’irréversible. C’est encore ce que rappelle la Convention. On en sait d’ailleurs quelque chose, puisque le Canada, par son aide publique au développement, a subventionné, en Afrique et dans d’autres régions, un grand nombre d’initiatives destinées à mettre en œuvre des solutions simples et économiques pour combattre la dégradation des terres. Planter des arbres, par exemple, puisqu’ils fixent les sols, qu’ils fournissent de l’ombre aux cultures et qu’ils retiennent l’humidité si précieuse. Il fallait peut-être faire davantage, mais il y avait là une volonté d’agir.

Quelle mouche a donc piqué Ottawa? Qu’est donc cette mesure de démission qui tombe – ô paradoxe! – en pleine Année internationale de la coopération dans le domaine de l’eau? Surtout que l’économie réalisée ne représente que 350 000 $, le prix de 500 m d’asphalte! L’égologie canadienne et ses soucis administratifs a-t-elle pris le dessus sur l’écologie?
On devrait songer à proclamer une Année internationale contre l’absurdité. Et tant qu’à y être, composer une chanson sur ce thème afin de venir en aide aux victimes de la bureaucratie.

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