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Édito

L'empreinte d'un touriste

Raymond Lemieux - 01/06/2012
Peut-on voyager écolo? Sur la route des vacances, on vagabonde en pleine «écoconfusion».

On a beau se donner bonne conscience en discourant sur l’écotourisme, le tourisme équitable, vert, responsable, durable, etc. On a beau économiser l’eau, les serviettes, le savon et couper l’air climatisé dans les hôtels. On a beau choisir un transporteur aérien qui se proclame «vert». On a beau se faire rebattre les oreilles avec des notions comme l’«éthique du voyageur», nos vacances occasionnent de profondes traces dans l’environnement. Et il serait peut-être temps de reconnaître la lourde empreinte écologique1 laissée par cette activité humaine qui atteint une ampleur sans précédent dans l’histoire de l’humanité.

Cette année, auront lieu plus de 1 milliard de déplacements transfrontaliers, a calculé l’Organisation mondiale du tourisme (OMT), une instance des Nations unies. Pour se loger, se déplacer, visiter des musées et goûter aux plats ainsi qu’aux vins locaux, les touristes ont dépensé, en 2010, 693 milliards de dollars, ce qui représente 12% du PIB mondial. Les Canadiens sont d’ailleurs ceux qui dépensent le plus en activités touristiques (22 milliards de dollars par année) soit 866 dollars par habitant; ce qui est 3 fois plus que l’États-Unien moyen. Pour certains pays du Sud, ce genre de dépenses constitue la deuxième source de revenus. Juste après le pétrole.

Mais il y a un revers aux cartes postales. «Le tourisme tel qu’il est pratiqué dans la plupart des régions du tiers-monde a causé plus de ravages qu’il n’a apporté d’avantages», signalait la Coalition œcuménique sur le tourisme du tiers-monde (inspirée par des missionnaires?) lors de la première conférence mondiale sur le tourisme durable, qui a eu lieu en 1995. Même si on dort sous la tente en Amazonie, il faudrait planter plusieurs milliers d’arbres pour compenser la pollution générée par le voyage en avion. Soixante pour cent du trafic aérien mondial est associé au tourisme, ce qui correspond à 5% de toutes les émissions de gaz carbonique.

Selon l’OMT, la majorité des pays qui possèdent des récifs coralliens se plaignent des dommages causés  à leur écosystème par les déchets des touristes. Rappelons aussi que nombre d’infrastructures hôtelières ont été érigées le long des plus belles plages de la planète. La construction des ensembles hôteliers sur le littoral de l’océan Indien, en Asie du Sud-Est, a détruit les forêts de mangroves qui constituaient une barrière protectrice naturelle, laquelle aurait été précieuse quand un tsunami a dévasté cette région, en 2004. Et que dire des resorts qui proposent aux vacanciers terrains de golf et piscines dans des pays assoiffés où l’on peine à trouver de l’eau potable? Et pendant qu’on y est, rappelons ce chiffre de l’Organisation mondiale du tou­ris­me: 10% des touristes qui se déplacent le font pour obtenir des faveurs sexuelles exotiques.

Le sociologue Rodolphe Christin, dans un rare essai2 critiquant le tourisme, fait quant à lui remarquer que seulement 3,5% de la population mondiale pratique cette activité. C’est un privilège de riches. Il s’interroge: «Qu’est-ce que cela nous apporte? Voyageons-nous pour oublier nos semblables? Notre travail? Notre mal de vivre? Alors, il s’agirait d’une fuite, non pas d’un voyage.» Il propose d’ailleurs de renouer avec la notion de voyage qui donne plus d’importance au chemin qu’à la destination.

Pour être respectueux de l’environnement, sommes-nous condamnés à passer l’été à «Balconville, P.Q.»? Faut-il carrément abolir les vacances pour épargner notre planète? Passer nos étés au Québec à faire du vélo, du camping ou du jardinage? Mais alors, comment s’ouvrir aux autres cultures? Nous ne sommes pas à une «écocontradiction» près.

1 L’empreinte écologique est une mesure qui tient compte des surfaces terrestre et marine nécessaires pour subvenir à notre consommation (ainsi que pour absorber les déchets que nous générons). Chaque Terrien consomme en moyenne 2,7 hectares de notre planète, selon le Fonds mondial de la nature. Chaque Canadien, 7,6 hectares. Il existe plusieurs calculateurs d’empreinte écologique (dont www.myfootprint.org/fr ou www.zeroges.com/fr/calculatrice_empreinte_carbone.html).
Mais aucun de ceux que nous avons consultés ne questionne notre manière de prendre des vacances.
2 Manuel de l’antitourisme, Les Éditions Écosociété, 2010.

+Pour en savoir plus
Le site de Manicore




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