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Enfants, la science révèle

Quand j'avais cinq ans, la Terre a tremblé

Pascale Millot - 30/07/2010
Le 12 janvier 2010, des milliers de petits Haïtiens ont vu leur enfance basculer. Beaucoup ont tout perdu: amis, école, maison, parents, frère ou sœur. Comment vont-ils se remettre d’un tel traumatisme?

Isaac a refusé durant tout l’hiver de mettre ses bottes et son manteau, et de marcher dans les rues glaciales de Montréal. Buté, ses petits poings serrés le long de son corps, il n’a cessé de protester, avec toute la force de ses trois ans. «Il ne veut pas sortir, il reste accroché à moi», raconte sa mère, Djina Laguaire, assise à la table de la cuisine de son petit appartement de Montréal-Nord.

C’est qu’Isaac a eu très peur de perdre sa maman. Dans l’après-midi du 12 janvier 2010, le petit garçon jouait dans la cour de sa maison de Delmas, un quartier de Port-au-Prince. Sa mère était à l’intérieur, avec son aîné de 11 ans, Adjison.
Puis, à 16 h 53, la fin du monde est arrivée.

«Tout tremblait. J’ai empoigné Adjison et nous sommes sortis. Je ne savais pas où était Isaac; je l’ai trouvé dans la cour. Notre maison s’est écroulée sous nos yeux. Les murs tombaient sur les gens; tout était blanc de poussière. Nous sommes restés dans la rue plusieurs heures. Isaac hurlait. Adjison ne disait rien. Pas un mot. Nous avons passé la nuit devant une église, mais Isaac ne voulait pas dormir; il pleurait sans arrêt. Il avait peur que tout s’écroule», raconte la jolie jeune femme.

La famille a ensuite gagné l’ambassade du Canada en espérant que la citoyenneté d’Isaac (son père vit à Montréal) leur permettrait de quitter le pays. «J’avais froid; j’avais peur; je n’arrivais pas à dormir», poursuit Djina.

Il a fallu parlementer, car Adjison, lui, est Haïtien (de père inconnu), et on ne voulait pas le laisser partir. Après plusieurs jours, le trio a finalement réussi à quitter l’île et ses décombres pour Montréal, laissant au cœur de Port-au-Prince dévastée le reste de la famille (les deux frères de Djina) avec une vieille bagnole pour maison.

Djina a trouvé un logement dans le nord de la métropole, financé par un généreux couple de Québécois. Elle suit une formation pour devenir préposée aux bénéficiaires et a trouvé une garderie subventionnée. Isaac résiste souvent pour y aller. Quant à son frère, il a pu terminer l’année scolaire dans son nouveau pays, mais il est terrorisé à l’idée que la terre tremble à nouveau, même s’il voit bien que Montréal, ce n’est pas les Caraïbes. Un jour, en sortant de la douche, il a été pris d’un grand vertige. «Il ne pouvait plus respirer, il étouffait», raconte Djina. À l’hôpital Sainte-Justine, on l’a gardé quelaues heures sous observation – un «malaise», a dit le médecin – puis on l’a renvoyé chez lui.

Lire la suite dans le magazine Québec Science d'août-septembre 2010.


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