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Environnement

Des forêts dans le très grand nord

Olivier Rey - 01/11/2012
Alexandre Guertin-Pasquier

Il y a 2,6 millions d’années, des forêts parsemaient le pays jusqu’au-delà du cercle polaire. Alexandre Guertin-Pasquier, du département de Géographie de l’Université de Montréal, est allé gratter le sol de l’Île Bylot, au nord du Nunavut, au niveau du 73e parallèle. Là-haut, à 2000 km de la forêt actuellement la plus septentrionale, l’étudiant en maîtrise a étudié des restes d’arbres découverts il y a quelques années et datant de 2,6 à 3 millions d’années ! À cette époque, la température annuelle moyenne qui régnait sur l’île était de 0°C contre –15°C aujourd’hui.

Pour dater le site, le chercheur a utilisé plusieurs méthodes comme le paléomagnétisme (l’empreinte dans les sédiments du champ magnétique qui varie de direction avec le temps), l’étude des grains de pollen et la chronologie des espèces éteintes (dont on connaît la date relativement précise de d’extinction).

« Il ne s’agit pas de fossiles mais bien de restes d’arbres, explique le jeune chercheur. Ils sont restés emprisonnés dans de la tourbe, recouverts par des sédiments et conservés par le froid. Ce qui explique l’absence de contamination par des germes et leur étonnante préservation ».

Bylot

Les arbres ne peuvent pas provenir de bois apportés par les flots car ils présentent des radicelles qui auraient été irrémédiablement détruites par le voyage dans l’eau. Le jeune chercheur a également vérifié que les grains de pollen trouvés sur le site n’avaient pas été apportés là par les vents. Mais la présence en grand nombre de certains d’entre eux démontre leur provenance proche, quelques dizaines de kilomètres au maximum.

Sur Bylot, on ne parle pas d’érablières ou d’étendues de chênes de dizaines de mètres de haut. Les forêts présentes sur l’île avaient le même aspect et le même type d’arbres que l’on retrouve de nos jours dans les forêts les plus nordiques : saules, pins, épinettes, aulnes, mélèzes… Tout ça avec des hauteurs maximales de 3 à 5 mètres.

L’une des choses les plus étonnantes dans cette découverte est la présence de certains de ces arbres en un point aussi nordique. Comment faisaient-ils pour survivre à l’hiver polaire à cette latitude où la nuit dure environ trois mois ? Des espèces de conifères et de feuillus actuels sont capables de s’adapter à ce manque de luminosité. Mais on retrouve sur le site des espèces similaires à celles d’aujourd’hui et dont la limite de distribution est beaucoup plus au sud. Comment s’étaient-elles adaptées à l’époque ? Le mystère reste entier.

Avec le réchauffement climatique, une telle forêt pourrait-elle de nouveau exister dans des lieux si septentrionaux ? Cela dépendra de nombreux facteurs. « Les modélisations climatiques prévoient que l’île Bylot devrait retrouver le même climat qu’il y a 3 millions d’années dans à peu près une centaine d’années, explique-t-il.

Mais les forêts ne regagneront pas ces régions avant fort longtemps. Avec les vents dominants actuels, les graines et le pollen voyagent surtout d’ouest en est. Le réchauffement climatique fait bien gagner aux arbres du terrain vers le nord mais à un rythme très lent, de quelques mètres par an. Le temps qu’ils atteignent l’île, il faudra des centaines d’années. De plus, pour que les arbres poussent il faut que d’autres plantes se soient d’abord développées pour fabriquer du sol propice aux arbres. »

En revanche, comme pour les dinosaures, inutile de penser qu’on pourra faire revivre des espèces disparues par clonage. De récentes études montrent que l’ADN se détériore relativement vite même dans des conditions de conservations privilégiées comme celles qui ont prévalues sur l’île Bylot.

L'île Bylot est une île de l'archipel arctique canadien. Elle se situe au large de l'extrémité nord de la Terre de Baffin dans le territoire Nunavut. Avec ses onze mille kilomètres carrés, c'est la 71e plus grande île au monde et la 17e canadienne. Il n'y a pas d'habitants permanents sur l'île, mais des Inuits de Pond Inlet et d'ailleurs la traversent régulièrement. (source : wikipédia)
Ci-dessous, un reportage réalisé après une des expéditions d'Alexandre Guertin-Pasquier sur l'île Bylot et une entrevue avec le chercheur (avancer jusqu'à 14'10).



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