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Environnement

La leçon de Kalamazoo

Par Marine Corniou - 19/09/2013
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Le 25 juillet 2010, dans l’État du Michigan, la rupture d’une section de pipeline de la société Enbridge a entraîné le déversement de plus de 3 millions de litres de bitume dilué provenant des sables d’Alberta dans la rivière Kalamazoo, longue de 200 km, qui se jette dans le lac Michigan. Trois ans et plus de 800 millions de dollars plus tard, le nettoyage n’est toujours pas terminé.

«Le bitume est un pétrole lourd et très visqueux, différent du pétrole de schiste. Après la fuite, il a coulé au fond de la rivière et s’est accumulé à certains endroits», explique Stephen Hamilton, professeur d’écologie à la Michigan State University, et président du Kalamazoo River Watershed Council, impliqué dans le nettoyage des lieux. L’accès à la rivière a dû être interdit sur 55 km pendant 2 ans, et des tonnes de sol souillé ont été excavées et décontaminées sur les berges.

L’Agence de protection de l’environnement des États-Unis (EPA) estime toutefois que 680 000 L de bitume sont encore présents dans le lit du cours d’eau. Or, si l’on peut facilement pomper les nappes huileuses à la surface, récupérer les sédiments souillés est autrement plus compliqué.
«On procède par agitation, en remuant manuellement le fond de la rivière avec des bâtons, pour faire remonter le pétrole. On peut ensuite rassembler ces gouttelettes en surface et les absorber ou les aspirer», explique Stephen Hamilton. La technique n’a toutefois pas suffi. L’EPA a ordonné en mars dernier à Enbridge de procéder au dragage des sédiments, en vue de les récolter et de les décontaminer.

«Dans certains endroits de la rivière censés avoir été décontaminés par agitation, on voyait toujours des gouttes d’huile à la surface», déplore le chercheur. Le dragage, qui va prendre des mois, ne permettra toutefois d’enlever que 10% du bitume restant, selon l’EPA. «Il suffit que le niveau d’eau monte ou qu’il y ait un peu de remous pour que les sédiments recommencent à libérer du pétrole, et cela va durer des années», se désole Hamilton.

En ce qui concerne la faune et la flore, le chercheur est plus optimiste. «Dans la Kalamazoo, l’écosystème se rétablit remarquablement bien. Les populations sont revenues à l’état normal, mais ça ne veut pas dire qu’il n’y aura pas d’effets à long terme. Contrairement aux milieux marins, on a peu d’expérience concernant les déversements en rivière.»

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