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Environnement

Pas de pneus dans ma cour!

L’envers des choses
Catherine Dubé - 08/04/2010
Le recyclage des vieux pneus fonctionne tellement bien au Québec qu’on manque de matière première. On doit en importer!

Les immenses dépotoirs de pneus ne seront bientôt plus qu’un souvenir au Québec. Il n’en reste qu’un: le Dépôt Franklin, à Ormstown, en Montérégie. Les 11 autres grands dépotoirs ont été vidés, tout comme les centaines de petites décharges «sauvages» réparties sur le territoire. À terme, les 50 millions de pneus qu’on y avait accumulés auront tous été «revalorisés».

Désormais, il est interdit de les enfouir ou de les accumuler sur des sites. Les 7 millions de pneus dont les Québécois se débarrassent chaque année sont maintenant directement acheminés à des entreprises de recyclage. En tout, plus de 110 millions ont ainsi été recyclés durant la dernière décennie.

Depuis 1999, le consommateur qui achète un pneu neuf verse 3 $ de plus. Cet argent a permis à Recyc-Québec de vider les dépotoirs, d’assurer chaque année la collecte de vieux pneus et d’aider à développer de nouvelles technologies de recyclage.
Depuis l’instauration de ce programme, une véritable industrie de traitement du caoutchouc usé est née. Elle est si prospère qu’on manquera bientôt de matière première!

Tous les ans, au Québec, on traite environ 100 000 tonnes de cette matière, alors que les Québécois n’en mettent que 70 000 tonnes au rebut. «Les recycleurs s’arrachent les vieux pneus», confirme Sophie Cantin, la responsable du programme chez Recyc-Québec.

Depuis déjà quelques années, il faut en importer de l’Ontario, des Maritimes et de la Nouvelle-Angleterre. Les recycleurs sont inquiets, car l’une de leurs sources d’approvisionnement, l’Ontario, se tarira bientôt. Cette province vient en effet de mettre en place son propre programme de récupération.

Au fil des ans, l’industrie québécoise a développé une expertise reconnue dans le recyclage de cette matière particulière. Les pneus sont constitués d’un mélange de caoutchouc synthétique et naturel, auquel on ajoute du soufre pour en augmenter l’élasticité et la résistance. Des fils métalliques et des fibres textiles y sont de plus incrustés pour en faciliter le moulage et en augmenter la durée de vie.

Première étape: les pneus usés sont d’abord déchiquetés. Les morceaux sont ensuite déposés sur un tapis roulant où des aimants attirent les bouts de fils métalliques; la fibre textile est, pour sa part, aspirée. Le caoutchouc est ensuite broyé, avant de pouvoir être moulé à nouveau.

Il y a plus d’une quinzaine d’entreprises de recyclage au Québec, certaines s’occupant de broyer le caoutchouc, d’autres fabriquant les produits à contenu recyclé. L’entreprise Royal Mat, à Beauceville, fabrique des panneaux insonorisants et des tapis de gymnase; Dynamat, de Laval, confectionne des tapis pare-éclats pour le dynamitage. D’autres les utilisent dans la fabrication de terrains de soccer, d’anneaux d’étanchéité, de dos d’âne pour ralentir la circulation automobile, de garde-boue de camion, de couvre-planchers dans les écuries et de bien d’autres choses encore. Une petite partie (environ 2 %) est utilisée comme combustible dans les cimenteries. C’est le dernier recours, car on préfère les recycler que les faire brûler, mais quand le caoutchouc est trop sale ou trop endommagé, on n’a pas le choix.

Si on a décidé d’abolir les dépotoirs de pneus, ce n’est pas parce qu’ils représentaient une source de pollution si menaçante. Le caoutchouc et le métal qui les composent demeurent stables très longtemps et ne produisent ni lixiviat ni biogaz. Le grand risque environnemental engendré par ces amoncellements, c’était plutôt celui d’un incendie, comme celui qui a obscurci le ciel de Saint-Amable, en Montérégie, en 1990. Le feu a fait rage pendant 6 jours, consumant plus de 3 millions de pneus, et envoyant dans l’atmosphère une fumée toxique contenant des dioxines, des furanes et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), des polluants qui se retrouvent non seulement dans l’air mais contaminent aussi le sol et l’eau. L’État avait dû débourser 12 millions $ pour décontaminer le site.

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