Suivez-nous sur Twitter Suivez-nous sur Facebook VQ  velo.qc.ca 
Environnement

Que faire des vieux frigos?

Catherine Dubé - 05/07/2010


Les vieux frigidaires sont de véritables nuisances environnementales. Tellement qu’on vous paye pour vous en débarrasser!

Un vieux réfrigérateur est bien utile pour garder la bière au frais, dans le sous-sol de la maison, mais il est glouton en électricité. Au point où Hydro-Québec est prête à aller le chercher gratuitement. Elle donne même 60 $ aux propriétaires qui acceptent de s’en départir!

Les réfrigérateurs fabriqués aujourd’hui sont en effet beaucoup plus efficaces que les vieux modèles. Ils consomment en moyenne trois fois moins d’énergie, soit 450 kilowattheures (kWh) par an, comparé à plus de 1 400 kWh pour un frigo de 12 ans.

Contrairement à une machine à laver ou à un four, un réfrigérateur fonctionne pratiquement en permanence pour garder sa température. Pendant ce temps, le compteur tourne. Comme plus de 5 millions de réfrigérateurs et congélateurs sont en service au Québec – dont 40% ont plus de 10 ans – cela finit par avoir un impact sur la consommation globale d’énergie.

Depuis qu’elle a lancé son programme Recyc-Frigo Environnement, en 2008, Hydro-Québec a débusqué 200 000 de ces vieux appareils. Le programme est si populaire que l’objectif a été haussé à 300 000; il devrait être atteint d’ici décembre.

«Hydro-Québec aura alors fait des gains de 206 millions de kWh», affirme Dimitri Coll, responsable du programme Recyc-Frigo, à la direction Efficacité énergétique d’Hydro-Québec. De quoi alimenter l’ensemble des maisons d’une ville comme Sept-Îles pendant un an. Le programme coûtera en tout plus de 60 millions $, ce qui est quand même moins cher (et moins compliqué) que de construire et d’entretenir un parc d’éoliennes.

On pourrait croire qu’il est plus écologique de conserver ses biens le plus longtemps possible plutôt que d’en acheter de nouveaux. C’est vrai pour les vêtements et les meubles, mais pas pour les voitures ou les électroménagers. Contrairement à un meuble, dont l’impact environnemental est plus important lors de sa fabrication et de son élimination, un réfrigérateur est beaucoup plus dommageable pour l’environ­nement durant sa vie utile, en raison de la quantité d’élec­tricité qu’il dévore une fois branché; cette cons­om­mation représente 90% de l’énergie utilisée durant l’ensemble de son cycle de vie, fabrication de l’appareil incluse.

Une étude produite par le Center for Sustainable Systems de l’université du Michigan, aux États-Unis, en arrive à cette conclusion: pour optimiser les gains énergétiques d’un réfrigérateur, mieux vaut le remplacer après une dizaine d’années.
Hydro-Québec prend donc en charge tout appareil fonctionnel âgé de 10 ans ou plus, et s’assure que son recyclage se fera selon les règles de l’art. Les vieux réfrigérateurs et congélateurs contiennent en effet des halocarbures (dont des CFC commercialisés sous le nom fréon), des gaz réfrigérants sans danger tant qu’ils sont retenus dans l’appareil, mais très nocifs pour la couche d’ozone s’ils s’en échappent.

Ces produits sont aussi de puissants gaz à effet de serre. Le CFC-12, aujourd’hui interdit mais présent dans presque tous les vieux frigos, a un potentiel de réchauffement climatique 10 700 fois plus élevé que le CO2!

L’usine de démontage Recyclage ÉcoSolutions, à Laval, traite tous les appareils récupérés dans le cadre de Recyc-Frigo. Elle peut démanteler jusqu’à 700 appareils par jour. On s’assure de retirer les halocarbures des systèmes de réfrigération, comme la réglementation l’exige, et on les confine dans des bonbonnes. Ils sont ensuite acheminés vers un incinérateur pour déchets dangereux situé aux États-Unis.

Les autres composantes nocives pour l’environnement, tels que l’huile à moteur, le compresseur et le mercure de certains interrupteurs de congélateur sont également retirés au début du processus, tout comme les matériaux de qualité, tels que les tablettes de verre et le plastique constituant l’enveloppe intérieure. La carcasse passe ensuite dans un broyeur industriel qui la déchiquette en morceaux de quelques centimètres. Des aimants y repêchent les débris d’acier qui sont vendus à des fonderies. Un réfrigérateur moyen en contient pas moins de 55 kg! Les autres matières (aluminium, cuivre, plastique) sont triées et elles aussi vendues à des recycleurs.

Le processus pourrait s’arrêter là, mais Recyclage ÉcoSolutions procède à une opération supplémentaire: elle traite les mousses isolantes qui se trouvent à l’intérieur des parois des appareils. Ces mousses sont remplies de halocarbures (le plus souvent du CFC-11) utilisés comme agents de gonflement lors de la fabrication de l’isolant. En 1993, au moment de l’entrée en vigueur au Québec du Règlement sur les substances dommageables pour la couche d’ozone, aucun moyen ne permettait de récupérer adéquatement ces gaz dans la mousse isolante.

Même si la technologie existe aujourd’hui, peu de recycleurs l’ont adoptée en raison de son coût élevé. Les installations d’Écosolutions sont uniques en Amérique du Nord. Le broyage du frigo se fait sous pression d’air négative, pour éviter les fuites; la mousse déchiquetée est ensuite réduite en poudre et chauffée pour que les CFC s’en dégagent et soient récupérés. À la fin de 2010, ce sont au moins 95 tonnes de halocarbures qui auront ainsi été traitées au lieu de s’envoler dans l’atmosphère, l’équivalent des GES produits par plus de 150 000 voitures roulant pendant un an.

Au bout du compte, 95% des composantes des appareils sont recyclées ou revalorisées. «Les 5% restants sont constitués de matériaux se trouvant dans les très vieux frigos, comme de la laine minérale, du verre trempé ou des structures de bois», dit Arnold Ross, directeur technique de Recyclage ÉcoSolutions. Les appareils traités ont 25 ans, en moyenne, mais il y en a qui datent des années 1940.
 

Afficher tous les textes de cette section