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Jean-Francois Cliche

Dépression chez les jeunes: la faute aux cellulaires?

29-03-2018

Un animal aussi social qu’Homo sapiens devrait être content de pouvoir «être branché» en permanence sur ses semblables grâce au cellulaire et aux réseaux sociaux.

Lui qui déteste être seul, lui pour qui l’isolement est un facteur important de dépression, vient de remporter une belle victoire sur la solitude !

Et pourtant, chercheurs et médias s’interrogent beaucoup sur les méfaits du cellulaire. Dans le collimateur: la possibilité d’être joint en tout temps en nous privant de moments tranquilles; la pression d’afficher son bonheur en permanence; et, disons-le, les «amis» Facebook qui sont de bien piètres succédanés aux copains en chair et en os. Les «milléniaux» seraient les premières victimes de l’«hyperconnectivité», eux qui sont plus anxieux et plus dépressifs que la génération précédente. Alors faut-il jeter ces téléphones à la poubelle pendant qu’il est encore temps?

Il existe plusieurs études qui ont trouvé un lien entre l’usage du cellulaire et différents facteurs de santé mentale, comme la solitude, la dépression et l’anxiété. Par exemple, un article publié l’an dernier dans Clinical Psychological Science montre que 48% des adolescents américains passant plus de cinq heures par jour à l’ordinateur ou au cellulaire ont au moins un symptôme relié au risque de suicide, contre seulement 29 % qui l’utilisaient moins de une heure par jour. « Depuis 2010, les adolescents de la Génération Z [NDLR : nés entre 1995 et 2012] ont consacré de plus en plus de temps à leurs écrans au détriment des autres loisirs, ce qui pourrait expliquer une augmentation des symptômes dépressifs et du suicide », écrit son auteure, la psychologue Jean Twenge de l’université San Diego State.

Ce genre de constat reçoit toujours une grande attention médiatique – et ce fut le cas pour l’étude de Jean Twenge. Ce n’est pas mauvais en soi. Mais comme les journalistes ont tendance à ignorer une partie des résultats positifs suggérant qu’il n’y a pas de problème, leurs reportages donnent à penser que les cellulaires sont de vilaines petites bêtes. Or, on est loin du compte. Les études colligées par Jean Twenge concluent au danger potentiel des cellulaires, mais elles reposent toutes sur des corrélations, écrivait récemment dans Psychology Today la chercheuse Sarah Rose Cavanagh de l’Assumption College. Une corrélation n’implique pas nécessairement une relation de cause à effet; et même s’il y en a une, cela n’en indique pas le sens. Ainsi, il est tout à fait envisageable que le téléphone n’entraîne pas la dépression, mais pousse plutôt les gens à s’en servir abusivement pour fuir leur solitude.

En outre, il y a aussi des travaux qui démontrent une absence de lien entre le cellulaire et la dépression. L’un d’eux, publié l’année dernière dans Psychological Science, conclut que l’usage d’un cellulaire pendant moins de deux heures par jour n’a pas d’effet négatif et que, même passé ce seuil, cet effet négatif sur le bien-être est trois fois plus faible que l’effet positif d’un bon déjeuner ou d’un sommeil suffisant.

Le cellulaire et les réseaux sociaux ont connu une progression foudroyante chez les ados de 15 ans. On pourrait donc s’attendre à ce qu’ils aient un effet sur le taux de suicide s’ils étaient véritablement des facteurs importants de dépression. Or, ce n’est pas le cas. Si l’on se fie aux données de Statistique Canada, le taux de suicide chez les 15-19 ans est stable (sinon légèrement à la baisse) depuis 2000.

Bref, si certaines études nous rappellent, à bon droit, qu’il est possible d’abuser des écrans – et que cela a des conséquences – il semble que l’attention médiatique qu’on y consacre soit disproportionnée.

 

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