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Polémique

Des abeilles pas si rares

Par Jean-François Cliche - 24/08/2017
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Combien reste-t-il d’abeilles domestiques au Québec ? Je vous donne un indice : en 2005, on dénombrait 37 000 colonies ou ruches, selon l’Institut de la statistique du Québec (ISQ). Compte tenu de tous les malheurs qui s’abattent sur ces vaillantes butineuses – réchauffement du climat, parasites, mais aussi les néonicotinoïdes utilisés comme insecticides –, il doit en rester beaucoup moins, n’est-ce pas ?

Combien, dites-vous ? Pas plus de 25 000, peut-être moins de 20 000 ? Autrement, médias, politiciens et groupes de pression ne se relaieraient pas pour nous rappeler leur déclin, voire leur disparition à vitesse grand V et à l’échelle planétaire, n’est-ce pas ?

Peu de sujets sont aussi tendance que le « déclin » des abeilles domestiques, mais on m’excusera de ne pas suivre cette tendance. Après tout, côté mode, je ne porte jamais que jeans et teeshirts; surtout, les statistiques me donnent raison: en 2016, dernière année où des chiffres sont disponibles, il y avait 64 000 colonies d’abeilles au Québec. Pas moins qu’en 2005, mais bien plus !

Au Canada, le nombre de ruches a doublé depuis 1961, passant de 337 000 à près de 700 000 en 2014 – bien qu’il y ait eu un important recul, de 700 000 à 498 000, à la fin des années 1980. Cette tendance se reflète partout dans le monde, où l’on compte
83 millions de colonies, soit 34 millions de plus qu’au début des années 1960, d’après les données de la Food and Agriculture Organization, le bras agricole de l’Organisation des Nations unies.

Dans ce cas, comment peut-on dénoncer des taux de mortalité effarants chez les abeilles, dépassant parfois les 40 % à 50% par année, alors qu’en réalité le nombre de butineuses augmente ?

Je vois deux explications. La première, c’est que la cause des abeilles s’est politisée, laissant entrevoir un scénario familier : une bonne partie de ceux qui prennent la parole, y compris les médias, retiennent seulement les faits qui leur plaisent. Au diable les données contredisant une trame narrative mielleuse !

La seconde, c’est que le nombre de colonies est un indicateur parmi d’autres de la santé des populations d’abeilles. Or, le nombre important de colonies ne montre qu’une partie de la réalité. S’il y a plus d’abeilles aujourd’hui, c’est parce qu’elles sont en demande pour polliniser de grands champs de bleuets, de canneberges et de canola. Mais ce nombre de colonies ne dévoile rien sur leur santé, laquelle est bel et bien menacée.

Parmi les nouveaux dangers qui pèsent sur les butineuses, il y a la tristement célèbre mite varroa qui fait des ravages depuis son introduction en Amérique du Nord, en 1987. Sans compter qu’il y a plus de maladies qu’avant : bactéries, virus, champignons, protozoaires, etc. La vie d’abeille est par ailleurs ardue : la pollinisation de grands champs implique de longs voyages et une alimentation moins variée. Et, oui, les insecticides compliquent aussi les choses.

Résultat, la mortalité hivernale oscille entre 20 % et 30 %, selon l’ISQ, alors qu’elle devrait se situer autour de 15 %. Ce n’est pas l’apocalypse annoncée, mais cela reste au-dessus de la normale. Pour compenser, les apiculteurs du Québec doivent redoubler d’ardeur. En 2000, ils ont produit 14 500 reines et 5 400 « nucléis », des « morceaux » de colonie que l’on fait croître pour augmenter le nombre de ruches. En 2015, ils ont généré près de 27 000 reines et 24 000 nucléis. Il n’est pas reposant, le métier d’apiculteur…

Malgré tout, ce n’est pas demain qu’on manquera d’abeilles. Cette idée de disparition est un mythe dont il faudra bien se débarrasser si l’on veut un jour débattre des réels problèmes qui affectent ces insectes.
 

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