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Polémique

Grand cratère cherche son météorite

Par Jean-François Cliche - 16/02/2017
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« Il y a une chose qui, sur la côte est de la baie d’Hudson, a toujours piqué ma curiosité : on y voit un grand arc de cercle d’une forme presque parfaite. Est-ce le résultat de la chute d’un météorite ? Et si c’est le cas, trouve-t-on au centre de ce “cercle” des pierres ou des minéraux provenant de l’espace ?» demande Richard Tardif, de Québec.

Il y a longtemps que ce bout de côte intrigue les géologues. À tel point, d’ailleurs, qu’ils lui ont donné un nom : l’arc de Nastapoka, du nom d’une rivière de la région.
L’arc de cercle semble tout simplement trop parfait pour être le fruit du hasard, surtout qu’il est bordé par un chapelet d’îles parallèles à la côte, ce qui ressemble drôlement aux cratères à anneaux multiples que les gros météorites creusent dans le sol. En outre, les îles Belcher, dans la baie d’Hudson, pourraient être vues comme une sorte de « rebond central », une autre caractéristique typique des cratères d’impact.

S’il s’agissait bien d’un astroblème, c’en serait tout un! Avec 215 km de rayon, cela en ferait le plus grand cratère à anneaux multiples sur Terre. Il aurait fallu un météorite d’environ 10 km de diamètre pour creuser un tel trou, et le choc aurait été cataclysmique.

Mais voilà, une collision aussi violente laisse des traces caractéristiques dans la roche, comme des « cônes de choc » – soit des motifs en forme de cônes disposés en cascade, qui sont imprimés dans la roche.

L’astronome canadien Carlyle Smith Beals, de l’Observatoire d’astrophysique Dominion, à Victoria, en a cherché sur le terrain à la fin des années 1960, mais est rentré chez lui les mains vides. Le géologue de l’Université McGill Andrew Hynes, aujourd’hui retraité, y est retourné 20 ans plus tard et a fait chou blanc lui aussi. « Nous avons passé, mon collègue Don Francis et moi, tout un été à chercher le long de cette côte et nous n’avons pas trouvé le moindre petit indice d’impact qui soit », témoigne M. Hynes.

Pour le géologue, l’arc de Nastapoka est plutôt un renfoncement de la croûte terrestre qui n’est pas aussi rigide qu’on le pense; elle est en fait une couche relativement mince d’environ 40 km de roche solide qui « flotte » sur le manteau terrestre, lequel est constitué de près de 3 000 km d’épaisseur de roche en fusion malléable. Ainsi, quand un grand poids pèse sur une région du globe, la croûte terrestre peut s’y enfoncer.

Et comme la Terre est sphérique, ces renfoncements prennent des formes bien particulières, dit M. Hynes : « Si vous pesez sur une balle de ping-pong avec votre pouce, cela vous donnera une dépression circulaire, simplement à cause de la forme de la balle. […] Et on voit la même chose partout sur Terre. Si vous regardez la dépression ceinturant l’Himalaya, par exemple, cela vous donne un cercle parfait. »

Dans le cas de l’arc de Nastapoka, les roches remontent à 2 milliards d’années. On a de bonnes raisons de croire que, à cette époque, la dérive des continents a provoqué l’empilement de grosses masses rocheuses dans ce qui est devenu par la suite la baie d’Hudson. Cela aurait donc renfoncé légèrement la croûte terrestre à cet endroit et créé l’étrange arc de cercle. La forme générale du bassin, avec sa pente douce d’environ 4 degrés, et la distribution des masses dans le secteur concordent avec cette hypothèse, faisait valoir M. Hynes dans un article paru en 1991 dans la revue savante Tectonics.

Cette explication ne rallie toutefois pas tout le monde. C’est le cas de Michael Brookfield, retraité du département de géologie de l’université de Guelph, qui a présenté une communication sur le sujet dans un congrès de géologie en 2008.

Comme partout ailleurs dans le monde, dit-il, il existe des failles géologiques dans cette région, qui sont autant de points faibles dans la croûte terrestre: « Une grosse charge aurait appliqué une force graduelle, et alors on s’attendrait à ce que la déformation suive les failles préexistantes. Si vous prenez un panneau de verre fissuré et que vous pesez dessus, le mouvement va suivre la fissure, mais ce n’est pas ce qu’on voit autour de l’arc de Nastapoka. Tandis que, si vous tirez avec une carabine sur le panneau de verre, vous aurez un beau trou bien net. »

Mais même s’il est plus optimiste que M. Hynes sur la possibilité qu’il s’agisse bien d’un cratère d’impact, M. Brookfield admet lui-même que, à l’heure actuelle, « on n’a aucune autre preuve que la forme de l’arc ». Cela est loin d’être suffisant pour conclure à un impact météoritique.
 

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