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Polémique

Le complot des traînées blanches démonté

Par Jean-François Cliche - 02/01/2017
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« Le ciel est souvent rayé de tracés blancs laissés par des avions. Quel phénomène crée ces lignes ? Est-ce qu’on les utilise en prévisions météo ou ont-elles une autre utilité? Est-ce que ce sont des avions de ligne ou des avions militaires ? » demande Marie Surprenant, de Montréal.

Voilà qui tombe bien, puisque Serge Blondin, de Blainville, se demande justement lui aussi : « Lorsqu’un avion à réaction laisse une traînée visible (de vapeur ?), est-ce dû à une opération contrôlée par l’équipe de pilotage ou est-ce que ce sont plutôt les conditions météo qui sont en cause ? »

Quiconque fait une petite recherche web sur ces traînées blanches – surnommées « chemtrails » – remarquera rapidement qu’une foule d’explications (parfois très loufoques) circulent à leur sujet. Certains sites affirment qu’il s’agit de « produits chimiques » servant à changer le climat. D’autres y voient une entreprise d’empoisonnement collectif; d’autres encore subodorent une forme de communication secrète de l’armée, version moderne des signaux de fumée. Il s’en trouve même pour croire qu’il s’agit d’une façon de stériliser des populations entières afin de limiter la croissance démographique.

La réalité est beaucoup plus prosaïque. Il s’agit de vapeur d’eau condensée, tout bonnement, tout simplement et tout platement.

Quand un avion brûle du kérosène, il rejette inévitablement des « déchets ». Les principaux sont, et de loin, l’azote, le dioxyde de carbone et la vapeur d’eau, qui forment près de 99% des gaz d’échappement, mais les 1% à 2% restant recèlent une kyrielle d’autres composés. Une bonne partie est formée de dioxyde de soufre (SO2) et d’acide sulfurique (H2SO4), puisque le kérosène contient souvent du soufre. Y figurent également des métaux, à cause des températures extrêmes (plus de 1 000°C) atteintes dans les réacteurs, des oxydes d’azote et des sous-produits de combustion comme le benzène (cancérigène).

C’est là, certes, une liste de molécules bien peu recommandables. Mais comme outil de contrôle démographique, force est d’admettre que c’est un moyen spectaculairement inefficace, puisque ces rejets sont très semblables à ceux des voitures.

De toute cette liste, une seule molécule forme des traînées : l’eau. Les avions, qu’ils soient militaires ou civils, à réaction ou à hélices, volent souvent à plusieurs kilomètres du sol, soit à des altitudes où la température avoisine les -50°C ou -60°C. Presque tout de suite après sa sortie du moteur, la vapeur d’eau gèle et forme des cristaux de glace. Ces cristaux vont dévier la lumière du Soleil dans toutes les directions et ainsi apparaître blancs, exactement comme pour les nuages. Les autres « ingrédients » des gaz d’échappement peuvent aider à leur formation, mais ils demeurent invisibles.

Certains jours, ces traces persistent plus longtemps. Et il arrive que deux avions volant dans le même coin du ciel en même temps laissent des traînées de longueur très différentes. Les sites « conspirationnistes » y voient la preuve qu’il ne s’agit pas de vapeur d’eau, mais bien de « produits chimiques » qui seraient ajoutés au carburant de certains vols.

Or c’est simplement une question d’humidité. Quand l’air ambiant est très sec, les cristaux redeviennent rapidement de la vapeur d’eau et, quand l’air est humide, ils persistent plus longtemps. Comme l’atmosphère n’est pas un mélange de gaz uniformément distribués, il existe des secteurs plus humides que d’autres. En outre, les avions qui semblent voler dans la même zone peuvent, en fait, se trouver à des altitudes différentes de plusieurs kilomètres et, par conséquent, voler dans des conditions d’humidité variables.

Malgré ce lien avec l’humidité, ces traînées ne sont d’aucune utilité en météo. Il existe des instruments beaucoup plus précis pour mesurer la quantité d’eau dans l’air.

Cela dit, les traînées peuvent modifier la température. En bloquant les rayons du Soleil, elles refroidissent l’atmosphère. Mais elles peuvent aussi la réchauffer, car la vapeur d’eau est elle-même un gaz à effet de serre. L’effet net n’a pas encore été bien établi, les études à ce sujet n’arrivant pas toutes à la même conclusion. Mais il semble acquis qu’il est minime.
 

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