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Jean-Francois Cliche

Le glyphosate, du labo à l’étang

23-05-2018

Photo: Dreamstime

Les semences Round-Up Ready, qui ont été génétiquement modifiées pour résister à un puissant herbicide, le glyphosate, sont-elles bonnes ou mauvaises pour l’environnement?

Demandez à un « anti-OGM » et il vous répondra que l’arrivée de ces semences sur le marché a fait exploser les quantités de glyphosate épandues dans les champs, ce qui est vrai. Demandez à un « pro-OGM » et il vous dira que le glyphosate est beaucoup moins toxique que les herbicides qu’il a remplacés, ce qui est aussi vrai.

Dans la sphère publique, le débat s’arrête habituellement là. Ce qui est bien dommage, parce que c’est justement ici que ça devient vraiment intéressant.

En principe, les herbicides à base de glyphosate ne devraient pas avoir d’effet sur les vertébrés parce qu’ils ciblent une partie des cellules végétales qui n’ont pas d’équivalent chez les animaux.

Cependant, au cours des 15 dernières années, de nombreuses expériences en laboratoire ont démontré que le Round-Up – pas juste le glyphosate, qui est l’ingrédient actif de la formule, mais aussi les autres ingrédients qui entrent dans sa composition – était clairement nocif pour plusieurs espèces de grenouilles, entre autres.

Maintenant, cette histoire prend une tournure particulière quand on sort du labo et que l’on teste le Round-Up en milieu naturel. A priori, on s’attendrait à observer la même nocivité que celle mesurée dans des vivariums universitaires. Mais voilà, dans de vrais étangs, la toxicité du Round-Up disparaît presque complètement.

Il faut savoir que les laboratoires sont très utiles pour mesurer le potentiel de toxicité d’une substance parce qu’ils offrent des conditions contrôlées qui isolent l’effet d’une seule variable. Mais ces conditions ne se retrouvent jamais dans la nature, explique Vance Trudeau, chercheur en toxicologie environnementale de l’Université d’Ottawa.

Voilà pourquoi ses collègues et lui testent l’effet de divers produits sur les écosystèmes à l’aide d’une installation fascinante nommée Long-term Experimental Wetland Area (LEWA), située au Nouveau-Brunswick, qui est un réseau d’étangs et de milieux humides de 6 km2.

En 2009 et 2010, M. Trudeau et son équipe ont divisé en moitiés trois étangs, chacune des moitiés restant parfaitement étanche par rapport à l’autre. Des quantités égales d’œufs de rainette des bois ont été introduites de chaque côté, puis les chercheurs ont ajouté du Round-Up dans l’une des deux moitiés, à des concentrations équivalentes à ce qu’on trouve dans des régions agricoles.

En fin de compte, les effets étaient faibles ou inexistants. «Les résultats donnent peu de raison de penser que l’exposition à cet herbicide affecte l’abondance, la croissance et le développement des têtards de la rainette des bois», lit-on dans un article de M. Trudeau publié en 2013 par Aquatic Toxicology.

Pourquoi? Cela reste à élucider. Peut-être que l’herbicide est dégradé par l’activité bactérienne très forte des étangs ou par l’action des ultraviolets; on ne sait.

Cela ne veut pas dire que les effets observés en labo ne se réaliseront jamais, avertit
M. Trudeau. « En Argentine, par exemple, ils utilisent des quantités énormes de Round-Up. J’ai des amis qui sont en train d’en étudier les effets; ils n’ont pas encore publié leurs résultats, mais des indices montrent qu’on pourrait avoir des problèmes ici si on augmente de beaucoup notre utilisation de cet herbicide », dit-il.

Pour l’heure, on n’a pas atteint ce point au Canada. Mais comme les ventes de glyphosate continuent d’augmenter, peut-être que de mauvaises surprises nous attendent à plus ou moins long terme.

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