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Polémique

Les maux de l'acupuncture

Par Jean-François Cliche - 21/02/2018
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Que faire quand une étude de bonne qualité vient en contredire d’autres (et même des méta-analyses) tout aussi bonnes ? En décembre 2017, la diffusion de résultats préliminaires sur l’acupuncture a pris une tournure particulièrement « épineuse », c’est le cas de le dire.

Oncologiste à l’université Columbia, Dawn Hershman a alors  présenté les résultats d’un des plus vastes essais cliniques sur l’acupuncture au Symposium sur le cancer du sein de San Antonio. En tout, 226 femmes atteintes d’un cancer du sein de stade précoce ont participé à l’étude, recevant soit des traitements d’acupuncture, soit des séances de « fausse acupuncture » (aiguilles insérées aléatoirement et moins profondément dans la peau), soit rien du tout.

Le but : vérifier si cette médecine traditionnelle chinoise réduit la douleur chez les femmes ayant un cancer du sein, traitées par des médicaments hormonaux, les inhibiteurs de l’aromatase. Bien qu’efficaces, ces médicaments causent très souvent des douleurs articulaires que Mme Hershman cherche à atténuer autrement que par les antidouleurs. Ceux-ci peuvent s’avérer toxiques et entraîner une dépendance. Dans son essai clinique, la chercheuse a trouvé que l’acupuncture réduisait la « pire douleur » de 1 point en moyenne sur une échelle de 10 par rapport à la fausse acupuncture et à l’absence de traitement. En outre, la « vraie » acupuncture doublait le nombre de patientes (58 % par rapport à 30 % dans les autres groupes) dont la douleur s’atténuait par deux points, ce qui est considéré comme le seuil minimal pour qu’un traitement soit jugé « pertinent pour la recherche clinique ».

Voilà qui est fort intéressant. Le hic ? Cela contredit la plupart des études les plus sérieuses sur l’acupuncture, qui ne lui trouvent pratiquement aucun effet.

Certes, quiconque faisant une recherche sur cette « médecine alternative » trouvera sur le Web de nombreux articles (en apparence) savants qui concluent à son efficacité, mais ils sont en général de piètre qualité, surtout lorsqu’ils proviennent de pays où l’acupuncture est une tradition. Imaginez un peu : une analyse récente a démontré que seulement 8,7 % des essais cliniques menés en médecine traditionnelle chinoise et enregistrés auprès des Instituts nationaux de la santé aux E.-U. (ce qui est obligatoire chez l’oncle Sam) ont rendu leurs résultats publics. Cela suggère qu’un très grand nombre de résultats négatifs sont tus…

Voilà pourquoi les revues de littérature et les méta-analyses attestant l’efficacité de l’acupuncture sont légion. Mais quand on se concentre sur les revues qui ne tiennent compte que des essais cliniques les plus rigoureux, pratiquement tous les bénéfices disparaissent. Par exemple, dans une méta-analyse publiée en 2009 dans le British Medical Journal, la réputée Collaboration Cochrane a conclu, au sujet de l’acupuncture en tant que traitement antidouleur, qu’« un petit effet analgésique a été trouvé, mais il semble cliniquement insignifiant et ne peut pas être clairement distingué d’un biais ».
Alors, qu’est-ce qu’on fait avec l’étude de Dawn Hershman ? Premièrement, on attend qu’elle soit publiée dans une revue médicale, mais cela semble une formalité. D’autres chercheurs ont affirmé sur le site de Nature, notamment, que son groupe de recherche jouit d’une bonne réputation et que la méthodologie employée était solide.

Et une fois que ce sera fait, on n’aura pas d’autre choix que d’en tenir compte puisque cette étude ne souffre pas des faiblesses classiques qui minent tant de travaux sur l’acupuncture. Mais il faudra cependant la placer dans la « balance des preuves », à côté des méta-analyses dont je viens de parler. Et elle ne suffira pas à elle seule à renverser la preuve – du moins, pas pour l’instant.

>>> Cette chronique est tirée du numéro de mars 2018,


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