Suivez-nous sur Twitter Suivez-nous sur Facebook VQ  velo.qc.ca 
Polémique

Microbes en héritage

18/12/2015
-

«J’ai appris beaucoup de choses, dernièrement, sur le microbiote [NDLR: L’ensemble des microbes qui habitent le corps humain où ils jouent divers rôles]. Entre autres, que l’accouchement par césarienne réduit sa diversité chez le bébé, nuisant ainsi au développement de son système immunitaire. Justement, mon frère, ma sœur et moi sommes nés de cette façon; et nous souffrons d’allergies, d’asthme, d’eczéma et de vitiligo. Mes deux fils sont nés par césarienne. Alors, si je leur avais donné naissance par voie naturelle, auraient-ils bénéficié des mêmes avantages que les enfants issus d’une mère née naturellement, même si mon microbiote est incomplet?» demande Olivia Pelka.

On touche ici à ce qui est sans doute l’une des plus grandes révélations scientifiques du dernier demi-siècle. On avait toujours pensé que les bactéries étaient des vecteurs de maladies ou, du moins dans le meilleur des cas, qu’elles étaient simplement neutres. On sait maintenant qu’elles peuvent s’avérer tout à fait bénéfiques, à tel point que nous en avons besoin pour vivre.

Non seulement sont-elles essentielles à notre digestion – celles qui vivent dans notre intestin sécrètent des enzymes que nous n’aurions pas autrement –, mais il semble à peu près acquis que l’exposition à divers micro-organismes en début de vie est nécessaire pour que le système immunitaire se développe bien. On soupçonne d’ailleurs fortement que l’épidémie de maladies auto-immunes comme l’asthme et les allergies, en nette croissance dans les sociétés occidentales depuis quelques décennies, y prend son origine, au moins en partie. Nos milieux de vie sont tellement propres, tellement aseptisés, que les systèmes immunitaires de nos enfants seraient insuffisamment stimulés, ne trouvant pas assez de microbes auxquels se frotter pour se renforcer convenablement.

Mais il y a plus que les bactéries que l’on «oublie» de laisser traîner sur nos comptoirs. Celles qui logent dans notre intestin jouent aussi un rôle dans la maturation du système immunitaire, et ce, dès nos premiers instants. Lors de l’accouchement, la mère transmet en effet une partie de sa flore bactérienne à son enfant. Mais les bébés qui naissent par césarienne, eux, ne passent pas par le tract vaginal (et sa flore bactérienne); aussi leur flore intestinale est-elle par la suite plus pauvre que celle des autres. Ils courent d’ailleurs un risque environ 20% plus grand de souffrir d’asthme et d’autres affections du genre.

Cependant, cela ne signifie pas qu’une mère née par césarienne n’a pas un microbiote complet à transmettre à ses enfants. «Il n’y a pas de doute que l’accouchement vaginal est toujours recommandé, même chez les fem­mes nées par césarienne. De toute manière, en préparation à l’accouchement, des changements dans la flore vaginale et intestinale se produisent chez toutes les femmes au cours de leur grossesse», a commenté, lors d’un échange de courriels, la chercheuse Anita L. Kozyrskyj, de l’université de l’Alberta, qui étudie le microbiote des bébés depuis des années.

L’une de ses études, parue cette année, a démontré que l’effet de la césarienne sur la flore intestinale s’estompe assez rapidement avec le temps. En séquençant l’ADN bactérien dans les selles de près de 200 poupons, la chercheuse a trouvé que les différences entre les naissances naturelles et les césariennes, évidentes à trois mois, s’effacent presque entièrement avant l’âge de un an, surtout chez les nourrissons allaités.

Mme Kozyrskyj n’a pas connaissance d’études qui compareraient la transmission du microbiote sur plusieurs générations. Mais ses résultats suggèrent que, à l’âge adulte, les femmes nées par césarienne ont malgré tout un bon «héritage» microbien à transmettre à leurs rejetons.

Image: Harvinder Singh/SPL

Afficher tous les textes de cette section