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Polémique

Théorie cherche ouragans

Par Jean-François Cliche - 05/10/2017
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C’est une drôle d’histoire, quand même, que celle du lien entre les ouragans et le réchauffement de la planète. À vue de nez, il relève du simple bon sens : pour se former, les ouragans ont besoin de larges pans d’eau chaude à la surface des océans, et les changements climatiques promettent de nous en fournir à la tonne. Alors les médias (et certaines études) annoncent régulièrement des ouragans plus forts et plus fréquents d’ici la fin du siècle. Et puis...Et puis on attend. Parce que même si le réchauffement est indéniable, et même si Harvey et Irma nous en ont fait voir de toutes les couleurs cette année, il reste que, sur le long terme, les cyclones supplémentaires ne se sont pas matérialisés.

Évidemment, les « climatosceptiques » en font leurs choux gras. Pour eux, c’est la preuve que les changements climatiques sont des contes à dormir debout. Ce qui est une grossière erreur de logique puisqu’on ne peut pas conclure à l’inexistence d’un phénomène simplement parce qu’une de ses conséquences appréhendées ne survient pas. C’est comme si vous invitiez quelqu’un à souper chez vous et que vous vous attendiez à ce qu’il apporte une bouteille de vin; si votre invité se présente finalement les mains vides, cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas ou que ce n’est pas votre invité qui est entré chez vous.

Mais au-delà de ces lubies, le constat demeure : la fréquence et la force des ouragans restent obstinément stables à long terme, même si d’autres événements météo extrêmes sont plus nombreux (grosses pluies, canicules, etc.). Si l’on s’en tient uniquement aux tempêtes tropicales et aux ouragans qui ont été observés depuis la fin du XIXe siècle, on constate bien une augmentation, mais elle est artificielle : la plupart de ces événements naissent et meurent en mer, et le nombre de bateaux qui sillonnaient les océans était moindre il y a 100 ans, si bien qu’un certain nombre de cyclones ont dû échapper à l’observation.

Quand on corrige les données pour annuler ce biais, on observe que, entre 1880 et 1900, il s’est produit en moyenne chaque année entre 8 et 12 cyclones d’une durée de plus de 2 jours dans l’Atlantique Nord. Et à la fin du XXe siècle ? Toujours entre 8 et 12, malgré une température globale qui, elle, a augmenté.

Si l’on choisit de ne compter que les ouragans qui touchent terre aux États-Unis, en présumant qu’il y en a moins qui sont passés inaperçus, le portrait demeure le même : il n’y en a pas plus qu’avant, et même un peu moins, d’après des données publiées sur le site de l’Administration américaine des océans et de l’atmosphère (NOAA).

Le même constat vaut pour les autres océans : « Il demeure incertain que les changements observés dans les cyclones tropicaux excèdent leur variabilité naturelle », écrivait en 2010 l’Organisation mondiale de météorologie.

Il est possible que l’augmentation pressentie soit déjà commencée, mais que nous n’ayons pas encore de données sur une période suffisamment longue pour la détecter. D’ailleurs, les modèles des climatologues prévoient toujours que l’intensité des cyclones, soit la vitesse moyenne maximale des vents, augmentera de 2 % à 11 % d’ici la fin du siècle et que les précipitations associées aux ouragans gagneront entre 10 % et 15 %. Ce qui devrait accroître sensiblement la capacité destructrice des cyclones tropicaux si leur taille moyenne ne change pas. La NOAA estime qu’il y a une chance sur deux pour que la fréquence des cyclones tropicaux « très intenses » augmente dans certaines zones.

Cette prédiction finira-t-elle par se matérialiser ? D’ici à ce qu’on le sache, il serait important d’éviter de crier au loup. Car il n’y a pas grand-chose de pire pour la crédibilité qu’une prédiction maintes fois répétée qui ne se concrétise jamais.
 

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