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Les carnets du vivant

Du terrain de jeu à la trame verte

Par Jean-Pierre Rogel - 27/10/2016
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Rien ne prédisposait Nathalie Simon à se lancer dans la défense de l’environnement. « Quand j’étais enfant, j’aimais les arbres, mais de loin. Et j’avais un peu peur des marécages en bordure de mon quartier de Châteauguay, même s’ils faisaient à l’occasion partie de mon terrain de jeu », se souvient la mairesse de la ville, rencontrée au Sommet sur les infrastructures naturelles du Grand Montréal en juin dernier.

Même pas un intérêt envers les nombreuses espèces d’oiseaux fréquentant ces boisés, ou un engouement pour la pêche au bord du fleuve ? « Pas du tout ! s’exclame-t-elle. Je n’étais pas consciente de ces richesses naturelles ni particulièrement intéressée. C’est lorsque, jeune adulte, j’ai commencé à les voir disparaître, parce que le développement domiciliaire était en plein essor, que je me suis réveillée et que j’ai réfléchi à la manière dont on développe nos villes. Si bien que, des années plus tard, je me suis présentée en politique. »

Élue mairesse en 2009, réélue en 2013, cette traductrice de formation a fait adopter un nouveau plan d’aménagement pour sa ville, tenant tête au passage à quelques promoteurs immobiliers peu soucieux du développement durable. Aujourd’hui vice-présidente de la Commission de l’environnement de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM), elle parle avec enthousiasme d’un projet qui lui tient à cœur : celui d’un corridor forestier entre Léry et Châteauguay – une zone de près de 900 hectares qui comprend déjà trois aires fauniques protégées.

C’est un des quatre projets constituant ce qu’on appelle la Trame verte et bleue autour de Montréal, les trois autres étant le Corridor forestier du mont Saint-Bruno, le Parc de la Rivière-des-Mille-Îles et le Parc-plage du Grand Montréal qui serait aménagé sur la digue de la Voie maritime. Initiative de la CMM lancée en 2011 après une longue consultation publique, ce projet de ceinture verte autour de la métropole veut redonner aux habitants de la grande région de Montréal l’accès aux zones riveraines encore boisées, tout en y préservant la biodiversité. Le projet consiste essentiellement à acquérir des propriétés privées à des fins de conservation et à aménager des terres publiques aux statuts jusqu’ici précaires. « Ces morceaux de forêt délaissés par l’agriculture et ces terres humides épargnées par le développement domiciliaire ont une valeur considérable pour la qualité de vie », affirme Nathalie Simon.

Selon elle, la Trame est l’un des meilleurs exemples d’infrastructures naturelles. L’expression peut sembler paradoxale; elle désigne en fait, selon les organisateurs du Sommet, « l’ensemble des systèmes naturels et semi-naturels qui rendent des services essentiels au bien-être des individus et des communautés : depuis la lutte aux îlots de chaleur jusqu’au contrôle des eaux de ruissellement et l’amélioration de la qualité de l’air et de l’eau ». Par exemple, autour de la ville de New York, les bassins versants des montagnes au nord de la ville ont été protégés afin de garantir l’approvisionnement en eau potable de la mégalopole et minimiser les inondations. Autre « solution inspirée de la nature » : le recours aux toits verts pour produire des légumes en ville et lutter contre les îlots de chaleur.

Tout cela n’est-il qu’un autre écran de fumée politique à saveur environnementale ? « Pas du tout, se défend Nathalie Simon. En ce qui concerne la Trame verte, une entente de financement avec le gouvernement du Québec a été signée en 2012, et nous avançons vers notre objectif : protéger les milieux naturels sur 17 % du territoire métropolitain. »

Elle fait valoir que la protection de ces écosystèmes permet de mieux s’adapter aux changements climatiques et d’en limiter les impacts, notamment en cas de vagues de chaleur ou de pluies abondantes. À terme, l’investissement coûte moins cher à la collectivité. « Cela permet aussi de préserver la biodiversité et de lutter contre la pollution, ajoute-t-elle. Mais c’est encore plus fondamental : nous avons besoin de ces milieux pour notre santé physique et mentale, pour nous sentir bien dans la nature. »

Dans une société où le discours environnementaliste est banalisé par le monde politique, au point de sonner creux et factice, la vision et la profondeur des convictions de cette élue sont rafraîchissantes. Penser globalement, agir localement : ce slogan n’a pas vieilli et reste de grande actualité.

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C'était ma dernière chronique et j'aimerais saluer tous ceux et celles qui m'ont lu au cours des 17 dernières années. Ce fut un privilège d’écrire pour vous et je vous
en remercie.



Photo: JF Leblanc
 

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