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Les carnets du vivant

Le pic chevelu est un malin

Par Jean-Pierre Rogel - 21/05/2014
L’été dernier, nous avions un couple de pics chevelus dans la forêt derrière le chalet. Ils étaient arrivés vers la fin d’avril, bruyants au possible pendant qu’ils cherchaient un nid en tambourinant sur un arbre, et en lancant des «twik, twik» secs et sonores, des «brrup» et des «twikitikitik» à répétition!

Puis ils avaient niché tout en haut d’un vieux thuya, dans un trou discret que j’ai repéré bien plus tard, à l’automne. En juin, leurs rejetons voletant autour d’eux, ils avaient égayé notre coin de forêt. La famille n’avait eu aucun mal à déplacer les geais bleus, partis voir ailleurs s’il y ferait bon vivre. Les mésanges, l’espèce la plus fréquente ici, leur avaient même cédé du terrain. L’écureuil, pourtant querelleur et si vif à grimper partout, ne les avait pas dérangés. Puis, fin juillet, ils avaient mystérieusement disparu.

Cette année, je ne sais pas si nous aurons une visite aussi remarquable. Il y a trois ans, c’étaient des balbuzards qui avaient niché dans un des pins, de grands rapaces impressionnants qui pêchaient en plongeant dans le lac.
Quoi qu’il en soit, je voudrais partager avec vous le plaisir d’observer des oiseaux tout près de chez soi, à la campagne ou en ville. Étonnants, virevoltants, superbes (Charles Darwin, pourtant peu porté au lyrisme, était fasciné par leur beauté; «d’où vient-elle?» se demandait-il), les oiseaux sont des architectes des écosystèmes.

N’importe qui peut faire de l’ornithologie à ses heures perdues. Un loisir et une science à portée de main, quelle aubaine! Alors, juste pour vous inciter à faire vos propres observations, laissez-moi vous raconter deux ou trois choses que j’ai apprises sur les pics chevelus (qui, en passant, ne le sont pas; le qualificatif semble référer à la petite touffe rouge sur le crâne du mâle, mais elle n’a rien de chevelu).

Ma première «découverte» – celle d’un amateur, il s’entend, car tout cela est bien connu des professionnels – concerne le tambourinage sur les arbres. J’étais fasciné par la position de cet oiseau et la cadence effrayante de ses coups. Je voyais bien, déjà, que ses griffes sont disposées pour une solide prise – deux vers l’avant et deux vers l’arrière. Bien enfoncées dans l’écorce, ses pattes lui permettent en effet de se maintenir à la verticale sur un tronc d’arbre et de le frapper de son bec effilé et robuste, très vite. Je me suis renseigné et j’ai appris que, si le pic chevelu peut frapper le bois plus de 100 fois à la minute, c’est que son crâne est particulièrement bien adapté à cette tâche bizarre. Non seulement est-il très épais, mais il est actionné par des muscles puissants. Par ailleurs, le bec et les os ne sont pas soudés comme chez les autres oiseaux, mais reliés par un tissu conjonctif spongieux qui sert d’amortisseur.

Ma seconde découverte concerne le pillage des trous des grands pics. Un beau matin de l’été dernier, je me promenais dans la colline derrière chez nous et j’aperçois un grand trou rectangulaire dans un arbre mort. C’est typique du passage d’un grand pic, mais je ne vois aucun Drycopus pilateus. Ce que je vois sortir du trou, silencieusement, c’est un pic chevelu! Sans doute mon pic, ai-je aussitôt pensé, mais il ne m’a pas laissé le temps de l’identifier. De retour à la maison, je me renseigne et j’apprends que, effectivement, les pics chevelus pillent parfois les trous des grands pics, fouissant plus profond et se nourrissant des insectes qui y restent. Un malin, ce pic chevelu, je vous dis…
Allez, bonne observation d’oiseaux!

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