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Les carnets du vivant

Réparer la planète: place à la diplomatie positive

Par Jean-Pierre Rogel - 25/11/2014
À lire aussi, une entrevue exclusive avec Nicolas Hulot sur notre site.

Il est très fort, ce Nicolas Hulot. L’ex-présentateur du magazine Ushuaia, à la télé française, est aujourd’hui ambassadeur des questions climatiques du président François Hollande. Le 6 octobre dernier, il était à Montréal dans le cadre d’une tournée intitulée FACTS, pour French-Ameri-Can Climate Talks. Notez la subtilité du «Ameri-Can»: c’est pour signifier que la tournée, organisée par la diplomatie française en préparation du sommet de l’ONU sur le climat de décembre 2015, s’intéresse aussi aux Canadiens, pas seulement aux Americans. D’où arrêts à Montréal, Ottawa et Vancouver.

  Donc, Nicolas Hulot débarque et annonce qu’il veut rencontrer Stephen Harper (bonne chance…). Puis il inaugure une table ronde au Centre des sciences, à Montréal, et plaide en faveur d’une action internationale pour contrer les effets du réchauffement climatique: «On mobilisera, dit-il, si on est capable de montrer deux choses. Que la trajectoire de l’humanité telle que nous l’avons engagée au XXIe siècle est sans dénouement heureux, quelles que soient nos responsabilités. Mais nous parviendrons à mobiliser si, en même temps, nous décidons d’un modèle de société et d’un modèle économique qui nous fassent rêver. Mais pas rêver hors sol… Rêver parce qu’il y a un chemin possible.»

  Il est très éloquent, cet homme, un plaisir à écouter; je le dis sans malice. Nous avons besoin d’hommes et de femmes comme lui, qui incarnent la passion de sauver la planète. Mais en ce domaine, la «diplomatie positive» – l’expression est de lui – n’est pas neuve et elle n’a, hélas, pas été à la hauteur des promesses qu’elle représentait. Depuis le Sommet de la Terre de 1972, à Stockholm, jusqu’à celui de Nairobi en 1982; de Rio de Janeiro en 1992, et Johannesburg en 2002, puis à nouveau Rio de Janeiro en 2012 (Rio +20), le chemin parcouru est long, mais les résultats sont minces.

  Certes, le Sommet de 1972 a donné naissance au Programme des Nations unies pour l’environnement et celui de 1992 a jeté les bases de la Convention cadre des Nations unies sur les changements climatiques. Laquelle Convention a débouché plus tard sur le Protocole de Kyoto, puis sur l’Accord de Copenhague. Ce dernier incarne cependant l’échec des diplomaties internationales, sous la houlette de l’ONU, à s’entendre sur des objectifs et des mesures communes. Nicolas Hulot avait d’ailleurs qualifié les résultats de la conférence de Copenhague d’«affligeants» et de «consternants».

  Alors, que des dirigeants – français ou autres – reprennent le bâton du pèlerin et tentent une nouvelle fois d’infléchir le modèle économique actuel qui nous conduit droit à la catastrophe, c’est louable. On verra bien, rien n’est joué. Mais disons que le bilan passé des dirigeants mondiaux ne porte pas à un optimisme béat, c’est le moins qu’on puisse dire.

  Simple observateur de ces efforts à l’échelle planétaire, je suis plus impressionné par certaines initiatives de coopération environnementale à une échelle plus modeste; continentale ou régionale. Ces initiatives engagent parfois des États mais, pour la plupart, elles sont lancées par des groupes environnementalistes qui s’allient à l’industrie. Là, j’ai l’impression que les choses bougent. Des alliances nouvelles se forgent entre des gens qui ne se parlaient pas auparavant. Sur la base de constats scientifiques, on se mobilise, on agit pour régler des problèmes concrets.

  Faute d’espace, je me contenterai de deux exemples. En ce moment, en Amérique du Nord et en Europe, le programme de certification FSC – pour Forest Stewardship Council – est en train de changer la foresterie. Ce label indépendant, fruit d’une collaboration entre l’industrie et les environnementalistes, assure que la production de bois respecte les règles censées garantir une gestion durable des ressources. Ce n’est pas une panacée, mais c’est une bonne nouvelle pour les forêts de la planète. Et l’on ne rêve pas «hors sol», pour reprendre l’expression de Hulot.

  Ensuite, regardons du côté de la sauvegarde de la biodiversité. De très nombreux États se sont engagés à atteindre des cibles mondiales de protection, mais n’y arrivent pas. Si on met de côté la mauvaise volonté politique, il faut reconnaître que la biodiversité est un concept que beaucoup de pays comprennent mal, ou mettent mal en application. Il fallait un outil pour les aider. L’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) est intervenue; elle a récemment monté un projet de consultation à grande échelle. Ce travail a abouti à définir des critères et une méthodologie scientifiques permettant d’identifier les zones clés pour la biodiversité (ZCB) dans une perspective globale. Un outil théorique? Pas du tout. Dans le contexte actuel, il est utile et deviendra même, selon certains experts, indispensable à l’atteinte des objectifs mondiaux de conservation.

  Je n’arrive pas à être cynique: l’ONU et sa «diplomatie verte» méritent peut-être une seconde chance. Nous verrons ce que cela donnera. Mais si on sauve un jour la planète malgré tout, ce sera aussi et surtout grâce au travail de ces organismes de l’ombre et de ces scientifiques qui les conseillent.
 

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