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Les carnets du vivant

Un accord, enfin!

Par Jean-Pierre Rogel - 18/12/2015


La tâche était complexe. Les délégations de 195 pays réunies à Paris devaient parvenir à un texte d’accord universel et contraignant sur le dérèglement climatique. Un parcours truffé de périls, car, en négociant, il arrive qu’on découvre de nouveaux points de divergence.

  De fait, lors de la première semaine, les discussions ont traîné autour du texte préliminaire de 51 pages qui a fini par compter plus de mille crochets. «Les énoncés entre crochets, explique un habitué du processus, sont des qualificatifs ou des morceaux de phrase ajoutés au texte, comme “obligatoire”, “incitatif” ou “financement qui sera croissant”. Ils représentent des éléments, qu’il faut parvenir à éliminer ou à intégrer.»

  Le 6 décembre, le président de la conférence, le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, intervient pour fouetter les troupes: «Il faut accélérer!» Il établit quatre groupes thématiques qui doivent lui faire rapport quotidiennement. Sur cette base, le travail progresse, mais encore trop lentement. À mi-parcours, la ministre canadienne de l’Environnement, Christine McKenna, résume: «C’est un travail d’avocat; je suis avocate, je comprends cela. Mais, pour arriver à un accord, c’est la volonté politique qui compte.»

  Le 10 décembre, le texte est réduit à 28 pages et à une cinquantaine de crochets. Le lendemain, Laurent Fabius accorde 24 heures de plus à ses scribes pour remettre une copie finale. Les tensions s’accumulent; on négocie fébrilement en coulisses. Enfin, le 12 décembre, le texte final est déposé. Il est adopté en séance plénière à 19h20, par consensus, comme c’est l’habitude à l’ONU.

  L’accord entrera en vigueur en 2020 et engage les signataires à des efforts pour limiter leurs émissions de gaz à effet de serre. Chaque pays devra présenter une «contribution nationale» de réduction des émissions et en rendre compte, de manière transparente et vérifiable. Les cibles de réduction seront révisées tous les cinq ans.
  L’accord engage les parties sur trois points majeurs, nommés en langage onusien «niveau d’ambition», «différenciation» et «financement en soutien». Ce dernier terme renvoie à la responsabilité historique des pays industrialisés dans les émissions de gaz à effet de serre. Ces pays ayant par ailleurs une plus grande capacité à faire face aux effets du changement climatique, ils doivent s’engager plus sérieusement que les autres dans la lutte contre le réchauffement.

  • Niveau d’ambition: Le consensus s’est fait sur une hausse maximale de 2°C depuis la période préindustrielle, seuil au-delà duquel le dérèglement deviendrait incontrôlable. La limite plus ambitieuse de 1,5°C est mentionnée, mais n’est pas retenue. De nombreux scientifiques pensent toutefois que ce n’est pas dramatique. Ils parient plutôt sur l’atteinte des objectifs de réduction des émissions.

  • Différenciation: Les pays pauvres voulaient des garanties que la réduction de leurs émissions ne ralentisse pas leur essor économique. Ils ne les ont pas obtenues. Les pays riches voulaient que certains pays émergents, comme la Chine et le Brésil, les aident à payer la facture de l’aide aux pays pauvres. Le résultat est mitigé. La Chine fera sa part, mais hors de l’accord.

  • Financement en soutien: Les pays développés promettent de donner 100 milliards de dollars par an d’ici 2020 aux pays plus pauvres; somme qui devra être ajustée par la suite.

  Ce n’était pas ma première conférence sur les changements climatiques. Je dirais que, six ans après le rendez-vous manqué de Copenhague, cet accord marque une volonté de changer nos habitudes et de rendre la planète plus habitable. Cependant, il faudra donner suite à cet élan nouveau. Pour reprendre les mots de Laurent Fabius: «Nous voici presque au bout du chemin, et sans doute au début d’un autre.»

Consommez moins! Stockez!

Les débats en parallèle de la conférence de Paris ont souligné que l’efficacité énergétique reste la mesure la moins chère pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Le message n’est pas nouveau. Il rappelle un peu la propagande officielle dans les pays alliés lors de la Deuxième Guerre mondiale: «Consommez moins, soutenez l’effort de guerre!» Dans la lutte au réchauffement climatique, il faut consommer le moins d’énergie possible et cesser de gaspiller.

  Un autre message fort, porté par les groupes environnementalistes, rappelle qu’il faut laisser les énergies fossiles dans le sol. Certains pays producteurs de pétrole ou de charbon rétorquent que c’est impossible. Tout le monde semble cependant s’accorder sur la nécessité de miser sur les énergies renouvelables; en particulier, de faire décoller le solaire et l’éolien.

  Pour cela, il faut trouver des moyens de stocker ces formes d’énergie, grâce à des technologies de pointe. Près de chez nous, en Ontario, des industries utilisent déjà de grosses batteries qui fonctionnent sur le principe des petites piles au lithium (les ions voyageant entre les deux électrodes pour générer de l’électricité). Pas très pratique, puisque le poids de chaque unité est d’environ 40 tonnes! Pour sa part, Hydro-Québec s’est récemment associée à Sony, dans la création de la société Technologies Esstalion, pour fabriquer une nouvelle génération de batteries. Elle dit avoir confiance de rendre ces batteries fiables et légères.

Il reste que, selon certains experts, c’est à la surconsommation d’énergie qu’il faut d’abord s’attaquer. Économiste aux Hautes études commerciales, Pierre-Oliver Pineau fait valoir que les investissements nécessaires en stockage sont encore trop importants. Il souligne que, au Québec, les études ont démontré que les mesures d’efficacité énergétique permettraient de réduire notre consommation d’électricité de 15% et qu’il y a encore beaucoup à faire en ce sens. À Paris, le premier ministre Philippe Couillard a affirmé vouloir relever ce défi. Mais il a surtout insisté sur son nouveau cheval de bataille, l’électrification des transports. En prenant appui sur l’hydroélectricité du Québec, M. Couillard veut atteindre, d’ici 5 ans, le nombre de 100 000 véhicules électriques et hybrides rechargeables. Et faire du Québec «un chef de file mondial de l’utilisation de moyens de transport propulsés par l’électricité».


 

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