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Billet de la rédaction

Les dialogues du vagin

Par Marie Lambert-Chan - 16/02/2017
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Les tabous nourrissent notre ignorance à l’égard de la physiologie et des dysfonctions des organes génitaux féminins et, ce faisant, nuisent à la santé des femmes.

S ’il a déjà existé une espèce pour laquelle le sexe était douloureux, elle a sûrement disparu il y a longtemps. » Qui a tenu ces propos édifiants ? Nul autre que le réputé astrophysicien Neil deGrasse Tyson sur son compte Twitter. Mais alors, qu’en est-il des canards, des chats et des araignées, toutes des espèces dont les relations sexuelles sont loin d’être agréables, lui ont répliqué nombre d’internautes. Et surtout, qu’en est-il des humains, plus particulièrement des femmes ? De 8 % à 21 % des Nord-Américaines souffrent le martyre lors de la pénétration en raison d’un trouble appelé vestibulodynie.
  Malgré son érudition, M. deGrasse Tyson affiche une profonde méconnaissance de la sexualité féminine. Mais ne lui jetons pas la pierre, car il n’est pas le seul. Les femmes elles-mêmes ignorent souvent ce qui se trame exactement entre leurs jambes, car leurs organes génitaux sont toujours source d’embarras et de tabou.

En 2006, la revue savante Contraception a publié les résultats d’une vaste recherche sur les attitudes, les perceptions et les connaissances des femmes à l’égard de leur vagin. Les chercheurs ont interviewé 9 441 femmes âgées de 18 à 44 ans et issues de 13 pays, dont le Canada. Qu’ont-ils découvert ? Que 47 % des participantes ont l’impression que le vagin est la partie du corps que les femmes connaissent le moins. Que seulement 27 % ont une idée exacte de l’apparence de leur vagin. Que moins de la moitié des femmes sont à l’aise de parler de problèmes gynécologiques à un médecin, alors que les trois quarts du groupe rapportent en avoir souffert. Et que, pendant leur enfance, le tiers des participantes ont appris que toucher à leurs parties intimes était un geste obscène, mauvais et sale. Sans surprise, la majorité de ces femmes sont d’avis que la société entretient des tabous qui contribuent à leur propre ignorance.

Colligées il y a plus de 10 ans, ces données alarmantes sont toujours d’actualité. Bien sûr, on parle un peu plus ouvertement des menstruations. Aux Jeux olympiques de Rio, la nageuse chinoise Fu Yuanhui a admis sans détour que ses règles l’ont incommodée pendant la compétition. Au marathon de Londres, en 2016, la Britannique Kiran Ghandi a couru sans protection hygiénique, son sang menstruel bien visible sur son legging. Mais, paradoxalement, des réseaux sociaux censurent les images de menstrues et les publicités de serviettes hygiéniques ont encore recours à du liquide bleu pour simuler le sang!

L’ennui, c’est que les règles ne sont qu’un des nombreux enjeux qui préoccupent les femmes. Qui ose parler ouvertement de vaginose, d’endométriose, de vulvodynie, de sécheresse vaginale ? Quand arriverons-nous à détruire le mythe que ces douleurs intimes ne sont ni normales ni imaginaires ? Et pourrons-nous convaincre la société qu’il ne s’agit pas là de « problèmes de femmes » ? Les hommes sont directement touchés. Une vestibulodynie non traitée peut miner les rapports amoureux. Un diagnostic d’endométriose chez leur conjointe peut rimer avec infertilité. De fortes douleurs menstruelles peuvent lourdement affecter la vie de leur fille, de leur sœur, de leur mère, de leurs amies.

Voilà pourquoi il faut discuter franchement des soucis de santé sexuelle et reproductive des femmes. Et le faire en utilisant les bons mots; dire haut et fort « vagin », « vulve » et « clitoris » ne devrait embarrasser personne.

Montée en 1996, la pièce de théâtre Les monologues du vagin a décomplexé des femmes et brisé bien des tabous. Vingt ans plus tard, il est peut-être temps d’aller un peu plus loin : brisons la culture de la pudeur et du silence qui règne sur ces maux et entamons des « dialogues du vagin ».

Lire notre dossier spécial Sexe féminin: terra incognita?
 

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